The call of Kolkata

Publié le par charles

 

Aller-retour à College street

 

Afin de procéder à l’achat de fournitures scolaires financées par les dons récoltés, nous décidons avec Vikash le directeur de l'école que j’irai à Calcutta avec Rajesh un des professeurs. Là-bas me dit-il nous trouverons tout ce que nous souhaitons, et ce à des prix compétitifs.

L’immense ville de 17 millions d’habitants n’est distante que de 120 km mais un vélo-rickshaw, un bateau, un minibus et un train bonde, le tout en quatre heures de temps, sont nécessaires pour se rendre à College street. Ce quartier doit son nom à l'université de Calcutta et regroupe une multitude de magasins de livres, cahiers de tous formats, crayons, stylos, gommes, et boutiques de sport. Il s’agirait selon Vikash du plus grand marché dédié a l’enseignement du monde. Ce n’est pas la première fois que je remarque que les Indiens aiment assez annoncer que tel endroit est le plus grand de l’Asie, du monde, de l’univers...Mais il est vrai que l'effervescence est grande et que la zone exhale la soif de savoir.

Rajesh, qui est professeur de sciences naturelles et d’anglais (mais qui ne parle pas vraiment anglais), me trimballe de magasin en boutique, sans que je ne comprenne grand chose, à part le nombre d’articles et le montant des factures. Je dispose d’un budget qui me permet d’acheter une bonne quantité de fournitures, grâce aux dons récoltés en France, et nous utilisons les services d’un transporteur afin d’acheminer les 1200 cahiers et les 40 livres. Je porterai le reste (stylos, crayons, articles de sport), trop fragile pour le transport par camion.

Nous croisons Vikash et son charisme naturel au cours de l'après-midi, ce qui me ravit car encore u2011120226 Calcutta Rickshaw in Sudder Streetne fois la communication est pénible si ce n’est impossible avec Rajesh ou d’autres interlocuteurs potentiels. Au r etour vers la gare de Sealdah, pressés par le temps, Rajesh nous fait prendre un wallah-rickshaw (tiré par l'homme,  wallah signifiant homme). Je suis très embarrassé car je me refuse à utiliser leurs services, trouvant ce métier inhumain et  dégradant. Allant pieds nus et vêtus de haillons, ils arpentent les rues de Calcutta en tirant leurs passagers. J’avais déjà remarqué que les Indiens n’ont eux aucun scrupule à prendre ce moyen de transport. Des organisations avaient entamé des actions visant à les faire interdire, mais le problème est que cette « profession » occupe des milliers d’Indiens et que l’interdire reviendrait à les priver de leur gagne-pain.

Nous rentrons donc le soir même à Sri Mayapur, mais Calcutta m’appelle, c’est inéluctable, et je reviendrai une troisième fois (j'étais déjà venu une première fois durant trois jours fin novembre sur la route du Népal).

 

Routine de Sri Mayapur

 

Dans le nouveau logement luxueux qui sera le mien pour tout le mois de février, et même s’il est en-dehors du centre ISKCON, ma logeuse et sa famille n’en sont pas moins des dévots. Je dois rentrer pour 21h le soir car ils se couchent tôt et souhaitent fermer à clé la grande maison. Et si je n’ai plus droit à la sirène d’alarme, ici ils se lèvent à 4 heures du matin, mettent la musique à fond et vaquent a leurs occupations, en discutant sans discrétion aucune.. La première nuit je me dis que je vais devenir fou, puis le temps passant, je m’y habitue, et désormais suis réveillé toutes les nuits mais parviens à me rendormir aussitôt, malgré la cacophonie ambiante.

L'école est distante de 30 minutes à pied en marchant vite, et même si on peut prendre un bus, je préfère cette balade qui me permet de m'imprégner du village. Bien que ce chemin se trouve en-dehors du centre ISKCON, le village autour vit à son rythme, les constructions en cours sont nombreuses, et il y a des temples, des ashrams (sortes de lieux de retraite) le long de la route principale. Ils sont d’ailleurs de couleurs vives, bleus, violets, rouges, qui tranchent avec la grisaille des habitations et de leurs occupants. De nombreux stands proposent tout un éventail de produits, toujours les mêmes, des gâteaux secs, friandises, chips, fruits, miel, cigarettes, etc. Et différents corps de métier sont représentés dont une ébénisterie, un réparateur de vélos (il y en a beaucoup à Sri Mayapur), un vendeur de matelas ou encore des drogueries.

20120220 Sri Mayapur village

Il y a aussi un barbier-coiffeur, dont je décide un jour d’utiliser les services. Je m’installe, assez peu confiant, dans une échoppe qui tient avec avec des bouts de bois, mais le brave homme connait son affaire et me réalise une très honnête coupe de cheveux. Le prix : 50 roupies soit 80 centimes...

Je croise bon nombre d’enfants qui vont à l'école payante du village, et ils portent les mêmes uniformes bordeaux que ceux de l'établissement dans lequel j’enseigne. Les plus âgées des jeunes filles portent de magnifiques saris.

De nombreux vélo-rickshaws m'interpellent, et j’ai abandonné l'idée de leur répondre poliment non, car cela ne fait que les encourager à insister. Je passe donc outre tous mes principes d'éducation et les ignore totalement.

Lorsque je quitte la route principale pour pénétrer dans le hameau de Ballaldighi, l'atmosphère change quelque peu. La population me fixe intensément, là aussi très rarement d’une façon engageante. Ils doivent se20120206 Sri Mayapur village demander ce que je fais là. Il y a pas mal d’enfants qui trainent et ne vont donc pas à l'école, et beaucoup d’adoles cents et de jeunes adultes qui sont regroupés par bandes et qui ne font strictement rien à part échanger une plais anterie de temps à autre. Parfois aussi, l’un d’eux a une occupation manuelle, et dans ces cas-là ils sont e nviron ci nq à le regarder faire...Ils semblent profondément s’ennuyer.

Le long du chemin, des adultes travaillent dans les rizières, le corps courbé sur ces plantations mil  n aires, et offrent une des rares visions relaxantes des environs.

A la pause déjeuner de l'école, je sors de son enceinte en quête d’un peu de calme pour lire et écouter mon ipod. Hélas je ne trouve jamais la tranquillité recherchée car à peine suis-je assis que de nombreux habitants s'arrêtent pour me regarder, s’assoient à coté de moi sans rien dire pour observer ce que je fais voire même s’agglutinent carrément. Ils me lancent de temps à autre des phrases en Bengali. Cela donne souvent l’impression qu’ils vous invectivent avec leur façon de parler fort et vite, mais c’est une façon de s’exprimer qu’on retrouve un peu partout en Asie. Notre conversation européenne, toute en retenue et en discrétion (sic), se retrouve confrontée à ce mode de communication, ce qui nous met souvent mal à l’aise.

 

 

Jeux olympiques de Ballaldighi

 

La semaine suivante, place à deux grandes journées de sport à l'école, les Jeux Olympiques de Ballaldighi. Vikash me met à contribution afin d’imaginer quelques épreuves, mais je suis là plutôt en qualité d’arbitre assistant et d’observateur. De nombreuses compétitions se déroulent, de la course simple à celle avec une cuillère contenant une bille à ne pas faire tomber (ça remplace les œufs utilisés habituellement, c’est plus économiq20120266 Sri Mayapur ecole Games daysue), en passant par celle au cours de laquelle il s'agit de résoudre une addition ou une soustraction avant de se préci pite r vers la ligne d'arrivée ! Toutes les classes participent, soit 350 élèves, et il en résulte un manque de rythme certain.  En effet, chaque élève n’a finalement que peu d'épreuves qui le concernent au cours des deux jours, la plupart passent donc leur temps a attendre et regarder pendant le déroulement lancinant des compétitions.

De nombreux parents sont venus assister à ces JO, et je me demande bien ce qu'ils font de leurs journées habituellement.

J'organise donc deux épreuves, une de tirs au but, et une de lancer de balles, avant de participer moi-même à une épreuve avec les gardiens et chauffeurs de bus de l'école. Résultat de la course : 3eme sur 8 : honorable vu qu'ils sont plus jeunes que moi.


La dernière épreuve est davantage un jeu. Les yeux bandés et armé d'un bâton, il s'agit de trouver un pot de terre cuite et de le briser en un coup. Les adultes y participent, dans une très bonne ambiance, avant que Vikash le directeur soit appelé par la foule. L'euphorie monte sensiblement et c'est à cette occasion que je peux mesurer à quel point cet homme est respecté et aimé de tous.

Je tente ma chance également et ça les aura au moins bien fait rigoler.

Les deux jours s'achèvent par la remise des prix à laquelle je participe, après un petit speech immédiatement traduit par Vikash puisqu'il est le seul à comprendre l'anglais.

20120265 Sri Mayapur ecole Games days

 

 

 

Week-end a Calcutta

 

Je suis entré en relation avec Quentin via le site internet couchsurfing, sur lequel des habitants de toutes les villes du monde peuvent proposer une place pour dormir chez eux et plus globalement accueillir des voyageurs. Couch veut dire canapé en anglais, et donc le nom du site exprime sa philosophie. Beaucoup d’Indiens sont des hôtes potentiels évidemment à Calcutta, mais j’ai identifié Quentin, un Français, qui a accepté rapidement ma requête. Il m’accueille donc le vendredi soir et nous faisons connaissance. Il est actuellement et depuis un an en VIE pour Alstom, et devrait rester un an de plus. Nous serons ensuite rejoints par Nicolas, un autre Français en VIE.

Quentin est très bien installé en sa qualité d'expatrié. Je m’extasie devant un canapé, un Frigidaire, et un pommeau de douche déversant de l’eau chaude. La dernière fois que j’ai eu de l’eau chaude, c'était à Krishnagar trois semaines auparavant, dans le traditionnel seau. Quant à une vraie douche, j’ai oublié quand était la dernière...

Le soir même ils m'emmènent dans un mall (centre commercial), et je suis à deux doigts du choc cardiaque en redécouvrant tous ces bienfaits de la civilisation.


Durant le week-end, nous allons nous promener avec Quentin, qui se montre très accueillant, intéressant et généreux. J’avais déjà visité quelques endroits de la ville fin novembre, et complète donc ma découverte de Calcutta l'immense. La cathédrale St-Paul, blanche anglicane, puis le cimetière de Park street qui abrite les tombes de colons anglais. La plupart des cimetières anglais sont laissés à l’abandon en Inde, leurs descendants n'étant plus là pour en prendre soin, mais celui-ci fait figure d’exception. Les petits mausolées gagnés par la végétation, au milieu de hordes d'écureuils, sont magnifiques.

J'admire ensuite le Victoria Memorial Hall, palais édifié en l'hommage de la reine impératrice Victoria, souveraine de l’Inde à cette époque. Sa statue trône devant un majestueux palais, entouré de jardins agréables, où les Indiens aiment venir flâner.2012021114 Calcutta Victoria memorial hall

Nous visitons pour finir le siège des Missionnaires de la charité, quartier général de Mère Térésa à Calcutta de son vivant. L'endroit vit toujours au rythme simple et fervent des sœurs, et la tombe de la béatifiée Mère Térésa qui repose ici est une vision émouvante.

Quentin me stupéfié totalement car je me repère mieux que lui dans Calcutta, alors que j’y ai passe seulement trois jours auparavant ! Il dispose d’une voiture avec chauffeur mise a disposition par Alstom, et a très peu pris le temps d’arpenter la ville a pied. Comme de nombreux expatriés dans les pays de l’Orient, il vit et travaille dans une sphère protectrice, en parallèle de la population autochtone.


Le samedi soir, nous allons dans un restaurant où je dépense mon budget alimentation de cinq jours à Sri Mayapur, sans que ce soit meilleur pour autant, au contraire. Puis nous allons dans un bar pour assister à un concert et boire des bières (je me rattrape allègrement de mon sevrage forcé) et rencontrer Madhu, une autre personne avec qui je me suis mis en relation sur Couchsurfing. Celle-ci est Indienne et a grandi en Allemagne, est journaliste et est venue nous rejoindre avec son patron qui est aussi un ami. Elle me donne un nouvel éclairage sur l'Inde à travers sa propre expérience, le tout au milieu de la jeunesse branchée de Calcutta. Je passe une excellente soirée, encore une fois avec le sentiment de retrouver des aspects de la vie qui sont plus fréquents pour moi d'ordinaire.

Le lendemain, une bonne gueule de bois salue de ses coups de gong dans mon crâne ce retour à la civilisation.

 

Avant de repartir, je m’en vais me promener au jardin botanique, havre de paix qui contraste av ec la folie ambiante de la ville. S’y trouve un Banian géant. Dont la canopée en fait le deuxième plus grand du monde selon les Indiens (décidément), mais il est vrai qu’il est impressionnant car ses nombreuses ramifications couvrent une surface totale de cinq mille mètres carrés.

2012021325 Calcutta Jardin botanique

 

Je reprends le train pour rentrer à Sri Mayapur, l’occasion de gouter à nouveau aux joies de la cohue. En effet, des que le train arrive, les gens qui souhaitent le prendre pour quand il repartira se ruent sur les wagons, se bousculant, se heurtant, afin d’avoir accès à une place assise, car le train sera très vite bourré à craquer. Une fois en arrivant à Calcutta j’ai presque du me battre pour pouvoir sortir sur le quai. C’est très paradoxal car malgré ces mouvements de foule délirants, pas un mot n’est prononcé, cela se passe dans le calme et je peux ressentir qu’il s’agit simplement d’agissements qui font partie de leur quotidien, symboles d’un pays dans lequel il est particulièrement ardu de se faire sa place.

 

Ma mission auprès de l'école se termine dans deux semaines désormais, et ce week-end m’a offert une bonne respiration avant de me replonger dans mon univers de cours d’anglais et de sport à l'école, de poussière, de moustiques et de mabouls.

Publié dans Récits

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marie-carole de La Chapelle 23/02/2012 14:11

Ouf j'avais du retard et je viens donc de terminer la lecture de tes derniers articles bonne idée ce système pour rencontrer des gens à essayer à Paris ! sinon j'ai besoin d'un ébéniste pas cher
pour la maison au Ferret !!!
bisous et à bientôt MC