Take a walk on the Wild side

Publié le par charles

Je pars à 7h du matin de Katmandou pour Pokhara, dans un “tourist bus”. En réalité nous ne sommes que trois touristes entourés de Népalais, et le bus est vieux. L’appellation devait donc être plus adaptée il y a une trentaine d’années.

Le trajet est censé durer sept heures et en fera neuf. Raisonnable. Sur ces neuf heures un type entre deux âges s’est senti suffisamment inspiré pour psalmodier des mantras pendant au moins la moitié du trajet tout en égrenant un chapelet. Cela pourrait être agréable mais je suis fatigué, j’ai froid et il me casse les oreilles. N’ayant que très moyennement envie de me mettre le Népal à dos, je m’abstiens de le jeter par la fenêtre.

Arrivé a Pokhara, je me mets en recherche d’un hôtel et en trouve un très convenable pour 400 roupies (4 euros). Pokhara est la deuxième ville du Népal, bien que très loin derrière Katmandou, et n’a pour seul intérêt mais non des moindres qu’elle est le point de départ de tous les treks à réaliser dans la c2011122004 Pokharahaine autour de l’Annapurna, un des plus célèbres sommets du grand massif de l’Himalaya. Une partie de la ville, nommée Lake side car elle borde un lac, concentre tous les commerces en rapport avec le trek, et ressemble au quartier de Thamel de Katmandou, en plus petit et plus aéré. De nombreux buffles y ont leurs aises et on peut en croiser parfois qui galopent dans la rue principale (la seule ou à peu près en fait), en meuglant « Freedooooom ! ».

Je rencontre à mon hôtel Leike, une Hollandaise qui finit un tour d’Asie et d’Océanie de 8 mois et qui a hâte de rentrer retrouver son fiancé et sa famille, dans dix jours. Elle me parle du parc national de Bardia, situé à l’extrême ouest du Népal, qui n’est pas mentionné dans le guide du Routard (la bible pourtant). Je décide de changer mes plans, savourant le fait de n’avoir aucune contrainte si ce n’est de temps car j’aurai des éléments à revoir pour ma mission à Katmandou. En route pour Bardia donc !

 

Le monde de Bardia

 

Pour aller aux confins de l’ouest du Népal, un trajet en bus long de dix-sept heures nous attend. Cela nous parait long pour faire 450 km mais s’explique par le fait qu’il s’arrête très régulièrement pour charger d’énormes sacs de riz, des œufs, et même des poussins. Arrivés au parc de Bardia à six heures du matin, nous sommes accueillis par un poste militaire. Deux heures durant, nous sommes assis a boire du dou tchiya, abrutis de fatigue et incapables de réfléchir, avant de refaire surface et de trouver le moyen de rejoindre un hôtel, via un trajet de dix kilomètres en jeep.

Un lodge modeste nous attend, et l’accueil d’au moins cinq personnes nous indique que nous pourrions bien sauver leur semaine. De nombreuses options sont proposées pour découvrir Bardia, et nous décidons de partir pour une demi-journée de marche dans la jungle, accompagnés d’un guide. Le lendemain, nous sacrifierons au rituel de la balade à dos d’éléphant de très bon matin avant de repartir pour une journée de marche. Le parc abrite une trentaine de tigres, une trentaine également de rhinocéros, et des éléphants sauvages, à ne pas confondre avec les éléphants domestiques qui servent pour les randonnées. A ces trois espèces en danger, s’ajoutent une multitude de daims (il faut bien nourrir les tigres), de singes, et quelques centaines de variétés d’oiseaux. Les trois premières espèces sont bien sur les animaux qui nous intéressent, et nous parcourons un paysage fait de savane, de forêt, de jungle et de rivières à leur recherche. Notre guide s’arrête parfois et nous de même, guettant des bruits qui indiqueraient leur présence ou nous montrant des traces de pas du seigneur de la jungle. Voir des tigres est très rare, d’autant plus qu’ils ont une activité essentiellement nocturne, étant très timides. Nous avons la chance d’apercevoir une maman rhino et son petit, mais devons vite nous éloigner car elle pourrait être agressive, soucieuse de protéger celui-ci. Depuis une tour d’observation faite de bois, nous verrons aussi un rhino male venu se rassasier à la rivière. Ainsi qu’un éléphant sauvage, éloigné de sa troupe. Le spectacle de la marche majestueuse du pachyderme, allant de son pas lourd vers la forêt, est saisissant. Il s’en retourne vers les siens, ignorant que nous l’observons, cachés que nous sommes et tachant de ne faire aucun bruit. Nous restons cois une bonne quinzaine de minutes, fascinés et heureux d’assister a une scène pourtant si banale de la vie sauvage.2011122421 Bardia National Park

Au déjeuner, nous rejoignons deux autres trios composés de Français et d’Allemands. Il est amusant de constater que ces différentes nationalités représentées, avec la Hollande pour Lieke et le Népal pour nos guides, communiquent en anglais, la langue qui nous relie tous.

Puis nous sommes le soir du réveillon de Noel alors c’est la fête. Burger au thon, frites, bière, on ne se refuse rien. Et je craque sur le chocolate pudding proposé par le restaurant de l’hôtel qui s’avère être en fait une crème au chocolat...

Et le 25 on fait quoi ? On se lève à six heures pour aller prendre un bus local qui va nous emmener à Chitwan. Je regrette le « tourist bus » car le chauffeur se prend pour Fangio. Il fonce sur une route qui semble bonne mais qui recèle de nombreux pièges, en attestent mes 37 (oui j’ai compté), heurts de tête au cours des neuf heures de trajet, malgré la technique du « on se cramponne comme on peut » adoptée.

 

Chitwan, royaume des éléphants

 

Chitwan est le parc national le plus connu du Népal, inscrit au patrimoine de l’Unesco. Le contraste avec Bardia est important, car beaucoup de Népalais se pressent dans le parc et il y fait bon la nuit, contrairement au reste du pays, alors qu’à Bardia il faisait un froid intense et très peu de visiteurs étaient présents. Nous avons de plus la chance d’arriver pour les trois jours des « Elephant races » qui se déroulent tous les ans depuis huit ans, et c’est une très bonne surprise.

Nous irons donc assister à cette curiosité le lendemain. Cela commence par une lente procession dans les rues de Sauraha, aux abords du parc lui-même. Des locaux vêtus de costumes traditionnels et de nombreux éléphants peinturlurés avancent au rythme de tambours et de cymbales, dans une ambiance très festive. Nous suivons le cortège jusqu’au terrain de jeu, et nous installons sur l’herbe pour profiter du grand soleil et de l’animation qui nous entoure. Viennent ensuite les courses en elles-mêmes. Je prends des paris avec Lieke et mon poulain finit à chaque fois deuxième, en bon Poulidor. La ferveur est grande et les encouragements, rires et chants sont nombreux.

Puis des courses de chars à buffles et de chars à chevaux se déroulent, mais dans l’indifférence générale, car le gros événement de la journée arrive : Elephant football !

Deux équipes de quatre se présentent sur le terrain, montées par des jockeys de circonstance. Allez les blancs ! C’est parti et la bataille est intense, de nombreux cafouillages émaillent la partie, ce qui n’empêche pas quelques buts d’être marqués. Je fais remarquer à Leike que ces éléphants ont davantage de bagage technique que Nigel de Jong de l’équipe des Pays-Bas. La ferveur autour du terrain tourne à l’hystérie et nous partons avant la fin pour éviter les hooligans.2011122625 Chitwan

Le soir nous profitons de la douceur ambiante pour rester diner en terrasse et déguster des Pina colada et Bloody Mary, tels des pachas. Il faut dire que vivre en pacha est accessible puisqu’il nous en coute 4 euros pour deux cocktails (fois je ne sais plus combien, j’ai oublié).

C’est reparti pour la jungle walking, dans un environnement assez proche de Bardia en termes de faune et de flore. Nous empruntons un canoë pour franchir 20 mètres de rivière, en nous disant que le premier Népalais qui va penser à construire un pont aura sa médaille du mérite assurément. Un crocodile nous observe, et je me souviens non sans crainte de quelques documentaires dans lesquels on peut voir que ça peut être très rapide, un crocodile...

L’exploration se déroule sous un soleil de plomb. Notre nouveau guide a lui aussi pas mal d’histoires à nous raconter, mais nous avons appris à les décoder. S’il vous dit qu’il a vu un tigre hier passer à trois mètres de lui, comprenez qu’il en a aperçu un dans l’année, et s’il a une histoire avec un tigre le mois dernier ça s’est probablement passé dans les années 90. Nous dénichons un couple d’éléphants sauvages, mais sommes frustrés car nous voulions mieux les voir, et au lieu de cela nous devons attendre patiemment. On ne sait pas quoi puisqu’ils finiront par partir. Une nouvelle histoire ensuite avec un rhino qui a attaqué notre guide il y a trois mois, bla bla bla...

Sur une tour d’observation, nous rencontrons un couple de Français, Alice et Romain. Nous les reverrons ensuite dans le bus pour Katmandou et passerons du temps ensemble de façon très agréable à Katmandou. Cette tour est en quelque sorte « The place to be » car on  peut y croiser quelqu’un qui a des liens avec vous. Alice a grandi à 500 mètres de chez moi et est en dernière année de l’Essec avec un de mes cousins !

A Chitwan, beaucoup de guides me font remarquer que je parle un très bon anglais, qui plus est pour un Français. Mon cœur oscille entre la satisfaction personnelle (ça fait toujours du bien à l’ego) et l’embarras face à notre médiocre réputation en matière de maitrise des langues étrangères.

 

Lieke, le feu et la glace

 

Retour a Katmandou par bus, nous nous installons dans un petit hôtel un peu a l’écart de Thamel tenu par un Franco-suisse. C’est le moment du départ pour Lieke et je vais la supporter (dans les deux sens) dans la frénésie d’achats du dernier jour. Je suis content de rentrer à Katmandou, et de nombreux commerçants chez qui je suis passé pour acheter quelque chose ou pour les interviewer me saluent depuis le pas de leur porte. Nous partageons un dernier repas avec Lieke et un sentiment assez étrange m’envahit. 2011122404 Bardia National ParkJe ne la connaissais pas il y a dix jours, mais depuis nous avons passé vingt-quatre heures sur vingt-quatre ensemble, partageant des moments extraordinaires. Je suis simplement triste de la voir partir. Elle est partagée elle-meme entre le bonheur de retrouver son fiancé avec qui elle va emménager sous peu et sa famille, et la mélancolie de voir un superbe voyage si long se terminer. Elle a un tempérament très fort, ce qui me semble nécessaire pour voyager toute seule pendant huit mois. Elle est très amicale et très drôle, spirituelle, et use d’un humour au troisième degré que j’affectionne. J’ai eu du mal à le maitriser en anglais au début mais ai trouvé mes repères. Lieke change d’humeur en un rien de temps, elle est donc lunatique et c’est assez déstabilisant car elle peut devenir froide et cassante, sur de très courtes durées heureusement. Nous nous reverrons peut-être mais jamais dans les mêmes conditions, et son départ me laisse quelque peu cafardeux.

 

 

Un dou tchiya et ca repart

 

Vendredi, journée chargée. J’ai deux entretiens au bureau de JAN pour finaliser des éléments concernant l’envoi de futurs volontaires et retrouve Rammani qui se montre enfin efficace et précis. Je croise son frère, Sunderman la fashion victim et l’homme politique, qui veut absolument m’entretenir de quelque chose. Ce type est complètement fou. Il a planché sur un business plan pour proposer à des agences de sécurité Françaises d’ex-militaires Népalais désormais mercenaires, afin de les envoyer au Kosovo, en Afghanistan, etc...Il me montre quelques CVs de candidat potentiels, dans lesquels sont listées les armes qu’ils manient, leurs faits d’armes et médailles obtenus. Il est survolté et j’adopte la posture du « Oui c’est intéressant on vous appellera », ne voyant pas quoi faire d’autre sans le froisser outre mesure...
J’achète ensuite quelques vêtements chauds, car demain je pars au Tibet.
La décision d’y aller est venue naturellement, la r
égion étant si proche du Népal. C’est une occasion unique d’aller découvrir cet endroit mythique !

 

 

 

Publié dans Récits

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Charles 05/01/2012 11:23

Merci les amis ! Je suis a Lhassa jusqu'a Samedi, et le Tibet c'est...difficile a decrire !
@ Arnaud : Je profite des semaines entre mes deux missions !

Arnaud 04/01/2012 16:04

Super récit Carl.
Mais fais quand même gaffe au surmenage, tu parais épuisé par le boulot.

Olivier 02/01/2012 22:51

Bravo cousin pour ce super récit - bon voyage au tibet! je te souhaite une très bonne année 2012! Olivier.

xavier et marie de la chapelle 31/12/2011 12:39

super ce nouvel épisode des aventures du reporter Charles que nous lisons dans la grisaille parisienne en ce dernier jour de l année à très vite pour la suite mille bisous et bonne année !

DAVID 30/12/2011 22:02

Quel aventurier ce Charles ! Evites le cafard autant que possible et dis toi que tu as une amie pour affronter l’apocalypse de 2012.
Je te souhaite un bon voyage au Tibet et un bon début d'année sur le toit du monde.
A+