Road to Nepal

Publié le par charles

Départ de Paris mercredi à 13h. Au programme : Trois avions pour Calcutta, et, de là, trouver un moyen de me rendre à Katmandou. Le voyage sera long et sans histoires, me dis-je, aussi suis-je armé de So Foot, du Lonely planet et d'un Douglas Kennedy. Premier vol Lufthansa pour Munich. La Lufthansa c'est bien mais un peu radin. Pas de repas. Pas grave j'ai prévu de faire un régime. En Inde oui.

Par contre ils se rattrapent à Munich, journaux et boissons chaudes en libre service dans tout l'aéroport. Rivière de chocolat chaud à Munich...Les bières ce sera pour la prochaine fois !

 

 

Rififi à Delhi  2011120102 Delhi Bus station

Arrivé à Delhi, mon transfert pour aller à Calcutta rate. Retard + incompétence et lenteur du personnel de Jet lite (compagnie low cost indienne). Prochain vol disponible : Dans 8 heures. Je décide donc d'aller faire un tour à Delhi. Un bus et ça y est je suis dans l'ambiance. Plein d'amis me veulent du bien ! On m'indique des offices de tourisme. Qui n'en sont pas vraiment puisque la mention "government approved' ne veut rien dire, ce sont des agences de voyage !

Je repars via la bus station. Sur un panneau, trente lignes de bus indiquées, en réalité une soixantaine. En bas de ce panneau la mention : 'Built and maintened by JCDecaux". Je suis rassuré. Apres avoir demandé à 50 bus s'ils allaient a l'aéroport, j'en trouve enfin un et peux attraper mon avion à l'Indira Ghandi airport.

J'arrive donc à Calcutta harassé par plus de 30 heures de voyage sans dormir. Je sors de l'aéroport et lève mon doigt mouillé pour sentir vers où souffle le vent afin de choisir ma direction. On est comme  ça nous les aventuriers. Finalement je prends un taxi prepaid. Direction ? Vers l'infini et au-delà ! Sinon Calcutta-centre  ça ira très bien.

Sur le chemin, un chauffeur à la mine patibulaire et un accompagnateur sympathique qui roule des yeux effarés quand je lui dis qu'il y a à mon avis moins cher que l'hotel qu'il me propose à 2000 roupies. Après avoir réussi à leur échapper, je suis un peu perdu et finis par trouver Sudder street, où je trouve un hotel (à 500 roupies, soit environ 8 euros). Il est onze heures du soir, les rues sont calmes, beaucoup de gens dorment dans les rues. Je longe des amas de détritus sur lesquels se disputent les rats et les porcs. L'odeur me prend au nez mais je me sens bien.

2011120107 Calcutta rats et porcs by night

 

Atmosphères

Je retrouve cette sensation familière, non pas d'étonnement mais un mélange de choc, de sollicitude et de conscience aigue de ma chance d'être un privilégié. J'observe des gens qui n'ont pour d'autre but que de satisfaire à leurs besoins primaires : manger, dormir.

C'est cette sensation qui me saisit lors de chaque voyage que j'entreprends dans un pays pauvre.

Je dois dire que Calcutta est à un autre niveau. Les rues grouillent de monde, en mouvement perpétuel. Les "french tailors" sont nombreux, les étals où on trouve de tout aussi et cotoient des officines qui vendent des smartphones dernier cri. Les Indiens en guenilles se m élangent avec les sikhs (communauté religieuse qui porte le turban et la barbe, souvent  à la tête de petits commerces).

Ma chambre située  à l'"Hotel Palace" (sic) a le mérite d'avoir un lit. L'acquiescement enthousiaste du réceptionniste a la question : 'Is there hot water ?" signifie en fait qu'on pourra m'amener un baquet d'eau chaude demain. Un ventilateur pendant au plafond et datant probablement d'avant l'indépendance brasse l'air moite qui imprègne les murs sans parvenir  à dissiper l'odeur forte de moisi. 

Je trouve  à acheter un cheese naan, un bidon d'eau, et vais déguster cela dans ma chambre, avec un snickers pour couronner ce festin.

 


 

Calcutta à toi

Après avoir trouvé un train pour la frontiere Népalaise, je dispose de deux jours à tuer.

Ils sont dédiés à de grandes marches, au cours desquelles j'aime me perdre dans le dédale des rues animées.2011120205 Calcutta new market

Il est fatigant d'être sans cesse sur ses gardes, mais nécessaire ! On me propose de tout, de la drogue, des femmes, de l'aide en général. J'achète du lait pour nourisson à une femme qui me l'a demandé en me montrant son bébé et un biberon vide. Je le fais en me disant que c'est utile et que je sais où va ce que je donne..

Je fais une rencontre avec Mehboob, très sympathique marchand qui me dit qu'il considère comme un devoir de me faire découvrir son pays. Mouais. Il aimerait bien me vendre des trucs aussi, mais on échange beaucoup, j'en profite pour lui poser des questions sur sa ville, son métier, ses aspirations. Je ne lui achète rien mais lui rédige une recommandation en Français pour ses futurs clients. "Say Mehboob is very good". Je rédige une ode à Mehboob que je tourne du mieux possible mais qu'on sent bien écrite sous contrainte amicale ! En échange il m'emmène dans une petite gargotte qui prépare, ô surprise, du boeuf ! Eh oui malgré les vaches sacrées on peut trouver du boeuf en Inde. Je m'en régale en kebab accompagné de rotis (sortes de galettes, équivalent du pain là-bas). Il m'emmène ensuite voir la partie du marché couvert dédiée aux viandes. Je vois une centaine de jolies chèvres, aux couleurs bigarrées, du blanc au noir en passant par toutes les nuances de gris et de brun, attachées de façon indélicate par la tête et par groupes d'une quinzaine. Mehboob m'apprend que demain matin à quatre heures elles seront toutes tuées. Je contemple ensuite des carcasses de boeuf (mais que fait la police des vaches sacrées ?), et des commerçants qui extraient et nettoient de grosses et visqueuses langues des bovins déchus.

Les rats ne sont pas en reste et me passent allègrement devant, tout affairés qu'ils sont dans ce capharnaum poussiéreux.

Demain je pars déjà mais je reviendrai et j'ai promis a Mehboob de venir acheter mes souvenirs chez lui.


 

Le matin de mon départ je vais me promener au Maidan Park. Nous sommes dimanche matin et j'observe les joueurs de cricket et de football qui sont des milliers. Je sens bien que quelques centaines d'yeux sont fixées sur moi en retour, mais il est vrai que je dois avoir l'air d'une incongruité. Beaucoup jouent pieds nus, cependant certains portent de superbes tenues complètes : chaussures à crampons, chaussettes, short, maillot.2011120314 Calcutta Maidan Park

Il me démange de jouer avec eux, et finalement des enfants me le proposent gentiment. Certains sont de plus fortes têtes que les autres et me demandent de l'argent, mais je tiens bon et passe une petite heure avec eux très agréable.

Pour aller prendre mon train, on me conseille de prendre un taxi mais je décide de partir à pied afin de profiter d'une belle marche. Fendant la foule du dimanche (encore plus dense que la foule du reste de la semaine), je hume la ville. Dans le quartier DDB, je ne manque pas de remarquer les nombreux batiments coloniaux, délabrés et hors du temps, qui ont eux-mêmes été recolonisés depuis belle lurette. Il en résulte un tableau post-fléau, comme si les vrais habitants de Calcutta avaient repris leurs droits.


Huge Howrah

Je passe le Howrah bridge, un des ponts les plus empruntés du monde, et arrive à Howrah station, la plus grande gare du monde de l'univers (d'Asie en fait, mais ça reste impressionnant). Je finis par trouver mon train au sein de cette ruche bourdonnante et, muni de six bananes et de petits pains achetés au marché, je m'apprête à passer dix-huit heures dans ce train qui va m'amener à la frontiere Népalaise, à Raxaul.

2011120338 Calcutta Howrah Station

 

Postes frontières

Le train prit 20 heures (plutôt une belle performance). A Raxaul, un rickshaw me guide dans les démarches frontalières. Une scène surréaliste me met alors aux prises avec un fonctionnaire indien du bureau de sortie du territoire. Il s'applique, avec une lenteur infinie, à remplir à la main un grand registre dont l'utilisation ultérieure me semble pour le moins aléatoire...Il tente de me communiquer des informations mais sans succès, je ne comprends rien. Au fond de la pièce son collègue est plongé dans une partie de solitaire sur un ordinateur du XXème siècle. Dans un coin traine un Ukrainien vaguement hippie qui se parle à lui-même et a autant de visas dans son passeport que de trous dans son pantalon.

2011120405-Raxaul-frontiere.JPGS'ensuit le passage au bureau d'immigration Népalais qui me demande 40 dollars. Ce n'est pas parce que je suis occidental que j'ai des dollars sur moi, aussi nous trouvons un arrangement pour que je paye en roupies indiennes (avec une forte commission au passage). Mon rickshaw m'amène ensuite à Birganj, pemière ville Népalaise après la frontiere. Après avoir changé des roupies indiennes contre des roupies népalaises (leurs cours sont corrélés), je trouve une place pour Katmandou dans une sorte de 4x4 de la marque Tata dans lequel nous nous entassons à onze. Temps de trajet annoncé : cinq heures.

Je me rends compte lors de ce passage de frontière que ma demarche provoque l'incredulité et l'étonnement des locaux. J'ai effectivement l'impression d'être le seul touriste, si l'on excepte l'Ukrainien en fin de vie. Une gentille Népalaise me demande dans le 4x4 :

- "Mais pourquoi vous n'avez pas pris l'avion ?"

- "Mais ma bonne dame ca n'aurait pas été l'aventure-tout ça vous voyez..."

- Moue dubitative.

Cahots et patience

Un arrêt pour le déjeuner me permet de gouter un plat Népalais composé de riz, légumes, sauce non identifiée et poulet frit peu appétissant. Je me plie aux us locaux et mange avec les doigts (uniquement de la main droite, il est interdit de se servir de sa main gauche, dédiée aux taches impures). Voilà une bonne idée, à reproduire chez moi afin de réduire les corvées de vaisselle.

La route cahoteuse et la promiscuité m'interdisent de lire. Je m'adonne donc à un de mes passe-temps favoris : l'observation au bord de la route. Lors de trajets en bus ou voiture, j'aime particulièrement laisser trainer mon regard le long des chemins. Les gens, les maisons que nous dépassons.

Je ne peux m'empêcher de me demander qui ils sont, ce qu'ils font. Quels sont leurs buts ? Sont-ils heureux ? Que regardent-ils à la télé ce soir ?

J'essaye d'imaginer leur vie, celle de visions fugaces que je ne reverrai jamais.

 

Finalement, après neuf heures de route, nous arrivons à Katmandou. De là, je prends contact avec Rammani, mon contact au sein de la Junior Achievement Nepal. Il m'envoie son frère qui m'installe à l'hôtel.

Il me laisse fourbu mais heureux d' être arrivé dans cette ville où je vais rester entre deux et trois semaines. J'ai hate de commencer le travail avec la JAN.


Vous dites ? J'aurais pu prendre un avion Paris-Katmandou parce que ça aurait été plus simple ?

C'est sûr, mais je n'aurais pas vécu ces derniers jours qui resteront gravés dans ma memoire...

L'Aventure je vous dis !

Publié dans Récits

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Justine A. 07/12/2011 13:37

Oh comme je t'envie de pouvoir partir comme ça tout seul à l'aventure... Je comprends parfaitement le plaisir que tu as pu déjà retirer de cette expérience, contrairement à la dame du 4x4...
Profites-en bien, et continue à nous raconter!! Jtbf!

Vincent 07/12/2011 13:04

Merci pour ce récit. Bon voyage l'ami !

Capucine 07/12/2011 10:53

hello Charles!
quel plaisir de lire tes aventures, continues à nous faire revêr!
A quand les photos?
je t'embrasse

Thibault 07/12/2011 10:19

canon!!!
vraiment!!!
tu nous fais voyager avec toi.
Merci et bon courage pour la suite.

Aymeric 07/12/2011 09:59

Quelle aventure !! Je ne connaissais pas tes talents d'écrivain mais bravo pour ce récit, j'y suis presque !!
Continues à nous donner de tes nouvelles régulièrement et au boulot maintenant !!