Living in Kathmandu

Publié le par charles

Je m’installe donc à Katmandou pour deux semaines, le temps de mener ma mission exploratoire auprès de la Junior Achievement Nepal. Le partage de mon temps se fera entre les entretiens avec Rammani Ashraya, le président de l’association, son directeur exécutif, la visite d’écoles, et la récolte d’informations au gré de mes pérégrinations et rencontres de par la ville.

Le soir de mon arrivée, c’est Sunderman, le frère de Rammani, qui vient me chercher dans son gros 4x4. Il me semble tout de suite faire partie de la caste très aisée des Népalais, en attestent, outre son véhicule, ses vêtements, le fait qu’il tripote son Blackberry en permanence et sa proposition de loger dans une chambre qu’ils ont obtenue pour moi à un prix d’ami de 250 dollars par semaine. Un peu gêné et ne souhaitant pas froisser mes hôtes, j’accepte l’autre proposition qui est moins engageante d’un hôtel pour une nuit à 35 dollars, me disant que je trouverai mieux et meilleur marché rapidement.

Le lendemain matin, je sangle ma sacoche et pars à 6h30 du matin à la découverte de Katmandou, sans carte ni guide. Je m’oriente rapidement vers Thamel, le quartier dans lequel logent les touristes, où je fais l’acquisition d’un précieux sésame, le guide du routard. Je trouve un excellent hôtel à un prix raisonnable, un peu à l’écart, qui me semble parfait pour devenir mon camp de base.

 

Parcourir la ville

 

Les entrevues avec la JAN sont difficiles à obtenir et sporadiques, entre reports, annulations, voire oublis de leur part. Me rendant vite compte que mes habitudes de travail et d’organisation de jeune cadre dynamique Parisien se heurtent à des standards très différents, je prends le taureau par les cornes et multiplie les démarches par ailleurs qui me permettront de mieux comprendre la vie Népalaise et de récolter un maximum d’informations pour les futurs volontaires.

 

Le tourisme a modelé la ville et plus particulièrement le quartier de Thamel, qui par conséquent manque cruellement d’authenticité. Il s’agit du quartier des trekkeurs, un labyrinthe de minuscules rues dans lesquelles quelques taxis téméraires se fraient un passage, démunis de leurs rétroviseurs depuis belle lurette. 2011120834 Katmandou Thamel by nightOn peut observer qu’à Thamel toutes ces ruelles se ressemblent, comportant cinq catégories de magasins : agences de voyage, boutiques de souvenirs en tous genres, matériel de trek, hôtel-restaurants et bookshops. Le résultat est qu’on a la très étrange impression d’être en permanence au même endroit. Mais malgré ou à cause de sa dimension “made for tourists”, le quartier est agréable. Il y règne une ambiance de village de montagne, alimentée par les tenues des nombreux trekkeurs en stand-by. Les hippies sont présents bien sur, mais sont marginalisés et semblent tels des reliques d’une époque pas si lointaine et pourtant révolue, avec leurs longs cheveux sales et leur pantalons en forme de rideaux. Cela n’empêche pas les vendeurs d’herbe de me proposer leur marchandise à tout bout de champ :

-“Marijuana ?”

-“Non c’est à coté.”

Tout cela sous l’œil bienveillant de policiers, qui, apprendrai-je plus tard, font partie intégrante du trafic de drogues douces.

Mais il suffit de marcher un peu pour découvrir la vraie Katmandou et les splendeurs qu’elle recèle. Notamment les bâtiments de style Newari, magnifiques, qui sont faits de murs de brique rouge, et de toits, fenêtres et balcons de bois sculpté. Je m’assieds sur un rebord de trottoir (il y en a si on cherche bien) pour coucher sur papier les mots que m’inspire la ville, mais suis interrompu par les augustes déjections d’un pigeon sur mon cahier. Ils sont en effet nombreux à Katmandou, ces hérauts de la pollution. Celle-ci est prégnante, la ville étant en effet une des plus polluées du monde, et je retrouve un air qui me fait penser à Mexico, la poussière et les gaz d’échappement rendant l’atmosphère parfois suffocante. Il faut dire que la ville a considérablement accru sa population, passant de 250 000 en 1981 a aujourd’hui entre 2 millions (selon la police) et 3 millions (selon les manifestants). Pour ce faire, la ville s’est aussi étendue et a progressivement englobé les villes et bourgades alentour.

 

Nepal, connecting people

 

La ville est très agréable et les Népalais accueillants et ouverts. Ils sollicitent peu les touristes, une fois qu’on est sorti de Thamel et n’hésitent pas à renseigner, mais la plupart du temps montrent une indifférence polie. De nombreux écoliers en uniformes presque impeccables arpentent les rues, une très grande majorité des jeunes Népalais ayant accès à l’éducation. Les autochtones maitrisent ainsi bien l’anglais, et la communication s’en trouve grandement facilitée.

La foule est importante, moins qu’à Calcutta mais une impression de mouvement fort s’en dégage. De très nombreux « bus » proposent leurs services et beuglent leur destination, et sont de toutes tailles puisque les plus petits embarquent quatre voyageurs à l’arrière d’une fourgonnette branlante.

 

J’entreprends la visite des principaux sites de la vallée de Katmandou, construit s e ntre le XIIème et le XVIIème siecle. Au Népal comme en Inde le Bouddhisme et l’Hindouisme se côtoient et se croisent. Je vais notamment à Swayambu, ou Monkey temple, car les singes sont les habitants du lieu. Des hordes de Babouins qui vivent de ce que leur offrent les touristes. Ils vont parfois le chercher eux-mêmes puisqu’ils n’ont peur de rien et n’hésiteront pas à venir vous piquer votre casse-croute dans les mains. Les plus gros sont assez impressionnants et je leur laisserai volontiers ma part s’ils me demandent poliment.

 

2011120811 Katmandou Swayambunath

 

Ferveur Tibétaine

 

 

La visite de Bodhnath, gigantesque Stupa (temple, dôme), où je suis allé avec Maria, une Allemande rencontrée la veille au regard clair comme un lever de soleil en haute montagne, m’enchante de par la ferveur dégagée par les nombreux Tibétains en exil venus prier. Ils sont issus de la diaspora provoquée par la coercition Chinoise au Tibet. Depuis une terrasse, il est amusant d’observer la foule qui f2011121005 Bodhnathait le tour dans le sens des aiguilles d’une montre en une lente procession. Oui, dans ce sens, c’est obligatoire ! Souvenez-vous du capitaine Haddock dans Tintin au Tibet : « Toi passer à gauche, Sahib !».   

Nous avons ensuite la chance inouïe d’observer la pleine lune (jusque là  c’est normal), mais pas uniquement puisque je m’écrie :

-« Why is it hidden ? »

Tout simplement parce qu’une éclipse de lune se produit. Si elles sont plus fréquentes que les éclipses de soleil, elles n’en restent pas moins rares (tous les deux trois ans semble-t-il), et j’ai lu ensuite que beaucoup d’amateurs ont fait le voyage jusqu’en Inde et au Népal pour l’observer.

Enfin, après nous être imprégnés de la ferveur du lieu, nous faisons de même avec quelques bières.

 

Back to Middle Ages

 

J’entreprends ensuite la visite des « Durbar squares », soit les cités royales ou palais, qui sont au nombre de trois dans la vallée. Se promener dans ce quartier tout droit sorti du Moyen-âge offre une vision enchanteresse. Les temples anciens construits dans le style newari avec leur bois sculpté côtoient le palais, sorte de pagode immense et majestueuse. A tout moment dans ce décor grandiose on pourrait s’attendre à voir surgir au détour d’un des temples le dernier empereur suivi de sa clique, acclamé par la foule de ses sujets. C’est d’ailleurs ici, au Durbar square de Katmandou, que se trouve une curiosité.2011121114-Katmandou-Durbar-Square.JPG

On peut en effet y observer l’unique déesse vivante au monde, Kumari, petite fille qui sera remplacée au moment de sa puberté et qui se montre aux dévots quelques minutes par jour (moyennant quelques roupies, tout fout le camp).

Près de ce lieu à l’atmosphère envoutante, je découvre l’échoppe d’un vendeur de Thangka (peintures sur toile issues de l’art bouddhiste millénaire) qui parle Français. Ce commerçant se nomme Ratna Kazi Shakya et m’initie à ces Thangka peints par des moines, la plupart défroqués. Le « Kazi » dans son nom indique l’appartenance à une haute caste, et est donc l’équivalent d’une particule en France. Il est marié à une Française depuis trente ans, Laurence, et me donne donc l’occasion d’échanger mes premiers mots en Français (choisi, je m’adresse à un aristocrate) depuis près de deux semaines. J’en profite pour prendre les coordonnées de Laurence afin de pouvoir recueillir son point de vue sur le Népal et les ONG.

 

Je marche parfois pendant de longues heures alors que tous ceux à qui je demande mon chemin me conseillent de prendre un taxi. Quelle meilleure façon de « humer » une ville ? Bon, j’ « hume »aussi beaucoup de poussière et de gaz d’échappements mais tant pis. Je me perds souvent car les plans sont approximatifs et incomplets, et les noms de rues quasiment pas indiqués, ce qui rallonge les temps de marche et sollicite le sens de l’orientation. Je me régale de Samossas achetés dans les gargotes de rue et qui baignent dans une huile qui semble avoir largement dépassé la centaine d’utilisations.

Pour ce qui est de la circulation, le conducteur Népalais a un principe : surtout ne jamais, ô grand jamais, laisser passer un piéton, conforté qu’il est par l’absence totale de feux rouges et de Stop. La traversée d’une grande artère se transforme alors en séance de tauromachie, l’habit de lumière et la mise en mort en moins (pour cette dernière, ce n’est pas l’envie qui manque parfois). Tout cela sous l’oeil flegmatique d’agents de la circulation dont l’autorité me semble toute relative.

 

Embassy

 

Je sollicite également une entrevue à l’ambassade de France et suis reçu par l’ambassadeur adjoint lui-même, un petit bonhomme distingué et désabusé, qui m’éclaire sur la situation économique du Népal. Il m’explique en préambule qu’il n’existe pas au Népal d’hommes riches et honnêtes. Le ton est donné. S’ensuit une description du système mafieux et de la corruption, très importante. La croissance qui est réelle est paradoxale puisque si le pays voit son PIB progresser chaque année de 4 et 5%, il le doit surtout aux très nombreux émigrés partis chercher du travail aux États-Unis, en Asie et au Moyen-Orient. Ils représentent 23% de ce PIB !

 


La mission avance donc doucement via ce travail de fourmi que constitue mon enquête. C’est une façon passionnante de découvrir un pays que de le faire à travers déambulations et multiples rencontres avec les Népalais et ceux qui les côtoient. Pour l’enquêteur moderne, le trench-coat a été remplacé par le sweat à capuche et les chaussures à semelle de crêpe par des adidas streetwear mais ce qui compte c'est le résultat !

 

Publié dans Récits

Commenter cet article

Charles 18/12/2011 14:53

Merci à tous pour vos commentaires !
@ M-C : C'est une idée, n'excluons rien !
@ Steph : Problème d'inspiration peut-être ? ;-)
@ Amelie : Je prends note de la demande et prépare donc un article cuisine !
@ Ronan : Rejoins-moi l'ami !

Ronan 16/12/2011 23:16

Salut Charles ! Récit fort sympathique, ma fois. ça donne envie de voyager ! On a l'impression de t'accompagner dans tes pérégrinations ! Dans l'attente de tes prochains articles, je félicite
l'auteur que tu es !

Amélie 16/12/2011 17:49

Hello Charles, Merci pour toutes ces descriptions empreintes d'un certain humour...on a l'impression de faire partie du voyage donc merci pour les gaz d'échappements respirés à plein nez ! Sinon on
mange quoi sur place de vraiment local ? Oui je suis enceinte et j'ai faim !!

Stéphanie 16/12/2011 15:48

Charles,
Alors ça...si j'avais su que tu rédigeais si bien, je t'aurais laissé faire tes rapports !!!
Je suis ravie de toutes tes découvertes, tes rencontres, tes histoires ! Vivement la soirée diapos en costume local... mais à Levallois ! Je t'embrasse

maricarole de La Chapelle 16/12/2011 15:47

tu devrais être journaliste tourisme , j'aimerai bien être avec toi pour faire toutes ces découvertes

Bisous