Le toit du monde

Publié le par charles

Je profite des quelques semaines libres dont je dispose entre mes deux missions. La première avec Junior Achievement Nepal était une mission exploratoire et constituait donc en une enquête au sein de l’association mais aussi autour pour récolter un maximum d’informations sur la vie au Népal, dans le but d’envoyer des volontaires depuis la France. Cela va se réaliser puisque suite à ma mission, trois personnes devraient venir dès cette année au Népal pour enseigner les programmes JAN dans les écoles.

Ma seconde mission sera opérationnelle puisque cette fois-ci je serai moi-même professeur d’anglais, de sports et autres auprès d’enfants dans un village rural en Inde. Elle durera environ un mois et demi et débute autour du 18 janvier.

J’ai donc occupé la première partie de mon temps libre en restant au Népal pour aller visiter les parcs nationaux, et décide d’aller au Tibet ensuite. Je n’y avais pas pensé au départ mais la proximité de cette contrée mythique (juste au-dessus du Népal) m’incite à aller la découvrir.

 

Friendship Highway

 

La contrainte principale et non des moindres est qu’on ne peut voyager seul au Tibet, particulièrement en cette saison. L’hiver très froid rend la région très inhospitalière. C’est donc à regret que je réserve un “tour” depuis Katmandou, car j’apprécie ma liberté et les voyages de groupe apportent de la lourdeur.

Lever à 5h30 le 31 décembre pour prendre un 4x4 direction la frontière, où je retrouve le reste du groupe. Il est composé de 12 personnes :

-       André et Nicolas, Canadiens en voyage depuis un mois et pour un an au total.

-       Tom et Emily, jeunes Australiens. Emily fait des études de médecine et est venue en stage pratique dans des hôpitaux au Népal. Tom est venu la rejoindre pour quelques semaines.

-       Max et Aurore, deux Français baroudeurs, au milieu d’un voyage d’un an. Ils viennent de passer deux mois à rénover une bibliothèque dans un monastère du Népal.

-       Dalida, Suissesse, en vacances.

-       Kim, un Sud-Coréen déjanté.

-       Dan Tueng, un Néo-Zélandais qui vit en Grande-Bretagne

-       Deux personnages mystères qui voyagent ensemble. Un Indien et un Népalais avec leurs baluchons. Notre mission sera de découvrir qui ils sont et pourquoi ils sont là…

 

La frontière Kudari (Nepal) – Zangmu (Chine) est passée après plusieurs heures d’attente et nous faisons connaissance avec notre guide, Dawa. Nous sommes censés aller à Nyalam pour notre première nuit mais la ville serait en “rénovation”, ce qui nous laisse dubitatifs. Nous restons donc à Zangmu pour passer le réveillon. La ville n’a aucun intérêt, elle monte en colimaçon et aligne les bâtiments récents. Nous nous consolons en achetant une caisse de bières (12 bouteilles de 70 cl) pour 50 yuans (6 euros) et en allant les vider sur une terrasse à l’hôtel, en attendant sagement minuit. Les Chinois et Tibétains n’ont cure du nouvel an puisque la Chine n’a pas le même calendrier bien sûr, mais les Tibétains en ont encore un autre ! Les « happy new year » fusent dans le froid glacial et tout le monde va se coucher car la journée a été longue.

Le lendemain, nous prenons du Diamox contre le mal des montagnes car nous allons passer de 2600 m d’altitude à 5200 m.
2012010127 Tingri
2012010239 Gyatse Pelkhor Chode

Nous empruntons la Friendship highway, nom de la route impeccable qui va de Katmandou à Lhassa, et pouvons nous adonner à l’observation des paysages et des villages que nous traversons. C’est un émerveillement car la contrée est splendide. Le Tibet a une altitude moyenne de 4000 mètres et un haut plateau est longé par les montagnes de l’Himalaya. Seuls les sommets sont enneigés. Les daims, boucs et yacks peuplent les flancs des montagnes, les villages composés de vieilles maisons aux murs de chaux et aux toits composés de bois et de bouse de yack sont propres et ordonnés, et tranchent avec le capharnaüm Népalais.2012010324 Yacks

Les habitants de ces zones rurales ont des faciès asiatiques, ont la peau tannée par le soleil et portent des habits traditionnels, faits de chapeaux invraisemblables, de manteaux en laine de yack, de ceintures chatoyantes et de bottes fourrées multicolores. Ils sont très souriants et nous saluent gentiment de la main ou de la voix quand nous arpentons les rues.

Trois jours sont nécessaires pour rejoindre Lhassa avec notre minibus, et nous passerons notre deuxième nuit à Shigatse, deuxième ville du Tibet (80 000 habitants). La visite du monastère de Tashilhumpo est au programme, sous la neige. C’est l’endroit où était installé le Panchen lama, deuxième figure la plus importante du Bouddhisme tibétain, et qui est aujourd’hui porté disparu. Dans ce lieu de culte comme dans tous ceux que nous découvrirons, nous sommes surpris par le nombre très important de pèlerins. En effet, l’hiver, outre qu’il entraine une période de basse saison touristique, implique également que les terres ne sont pas cultivables, et les Tibétains sont donc en vacances et en profitent pour se rendre dans les temples et monastères du pays qui ont survécu à l’invasion chinoise. Certains ont d’ailleurs été réhabilités. Ils étaient 2700 en 1959, mais plus que 8 (!) en 1979. A partir de 1981, une libéralisation religieuse partielle permettra de restaurer les principaux.

Nous passons également plusieurs cols, le plus haut étant donc à 5248 m d’altitude. Même à cette altitude, nous avons le sentiment d’être sur une plaine, en réalité un plateau, situé très haut et entouré de montagnes qui culminent à des hauteurs entre 6 000 m et 8 800 m (pour l’Everest).
2012010105 Lalungla Pass

Je goute pour la première fois de la viande de Yack dans un restaurant à Tingri. Cela ressemble a du bœuf, je suis donc comblé.

Une nuit à Gyantsé nous donne l’occasion d’aller visiter le monastère du Pelkor Chode et son gigantesque Stupa Kumbum (Stupa aux 100 000 images), d’observer la forteresse Dzong, nichée sur une colline, mais aussi de dormir au Yeti hôtel et de déjeuner au Yak restaurant. Tout comme au Népal, les hôteliers et restaurateurs manquent d’imagination quand il s’agit de choisir les noms de leurs enseignes.

 

Joug Chinois

 

Le lendemain, nous prenons la route vers notre destination finale, Lhassa. Sur le chemin, nous passons à nouveau de tres jolis cols et admirons le Yamdrok Tso Lake, une merveille.2012010330 Lac Yamdrok Tso

Dans notre bus, nous finissons par remarquer une camera, qui, renseignements pris auprès de notre guide, s’avère nous filmer et être reliée par satellite. Une pensée pour le pauvre Chinois qui nous observe sur son écran durant nos trajets…Mais nous touchons ainsi du doigt la présence Chinoise au Tibet, qui pourtant fait partie du pays, mais reste une zone très sensible. Il est interdit de discuter politique, d’amener des guides de tourisme ou de porter des vêtements mentionnant le Tibet sous peine d’expulsion. Un touriste portant un t-shirt « Tintin au Tibet » s’est vu rejeté du pays sans autre forme de procès il y a quelques années. Le Dalaï-lama, depuis son exil indien, a beau encourager le tourisme au Tibet, le gouvernement Chinois se montre inflexible du fait des nombreuses manifestations en faveur de l’indépendance du Tibet, venues de l’intérieur ou bien de l’extérieur. Souvenez-vous des exécutions de manifestants en 2008 qui avaient ému l’opinion internationale. Cette année encore, des moines se sont immolés par le feu dans l’est du pays.

Lhassa se présente enfin, derrière des montagnes, et l’émotion d’arriver dans cette ville légendaire nous étreint. Ce sentiment est vite estompé par une partie de la ville dans laquelle nous passons : grandes artères, immeubles, jeunes arbres régulièrement disposés. Ce quartier de la ville est désert et attend encore d’accueillir des habitants. C’est comme si quelqu’un avait joué au jeu vidéo Simcity et construit sans grande imagination une ville artificielle.

Nous nous installons dans un charmant hôtel dans la partie Tibétaine de la ville où nous passerons quatre nuits. Nous avons donc le temps de découvrir la ville, véritablement coupée en deux entre Tibetantown et la partie Chinoise, constituée de grandes artères commerçantes où l’on vend notamment énormément de contrefaçons de produits informatiques, tels ceux d’Apple.

La visite du palais du Potala, résidence du Dalaï-lama jusqu’en 1959 et siège du gouvernement (religion et politique étant étroitement liées), est le moment fort du séjour. Nous parcourrons également deux monastères, le Seran et le Drampung, et deux temples, le Jokhang et le Ramoche. Ces deux temples datent du VIIème siècle et avaient été détruits en grande partie avant d’être restaurés eux aussi. Nous prenons le temps chaque jour d’arpenter le Barkhor market, qui vend des souvenirs comme de la bijouterie plus ou moins de pacotille, de la turquoise, des bols chantants, des étoffes, des chapeaux et bottes tibétains et toutes sortes d’autres choses. La foule dans les monastères et au marché est là aussi nombreuses, et les Tibétains nous observent avec intérêt. Ils nous demandent parfois d’enlever nos bonnets pour leur montrer nos cheveux clairs, ils nous sourient et sont parfois même hilares en nous voyant. Cela nous donne le sentiment d’être des extraterrestres. Nous sommes en effet très peu de touristes, et ces Tibétains sont eux aussi en « vacances » du fait de l’hiver et n’ont pas l’habitude de voir des Occidentaux. Nous achetons des sacs de bonbons que nous distribuons aux enfants qui tendent timidement la main. Peut-être aurions-nous du distribuer du dentifrice aussi.
2012010425 Lhassa Market

2012010417 Lhassa Potala Palace

 

L’appel de Dieu

 

Le mystère de l’Indien et du Népalais se résout enfin. Nous nous étonnions du fait qu’ils ne pénètrent dans aucun des monastères et temples visités. En réalité ils sont des « missionnaires » chrétiens, et l’Indien nous explique qu’il vient de Chennai, qu’il était ingénieur informaticien (comme beaucoup d’indiens), et en même temps prêtre Brahmane. Il a eu le malheur d’être atteint d’une tumeur au cerveau et prenait beaucoup de traitements. Un  jour, un ami l’a emmené dans une église chrétienne et il eut une révélation. Sa tumeur disparut et il décida de tout quitter pour devenir missionnaire. Récemment, Dieu lui a dit d’aller au Tibet pour prêcher sa bonne parole, ce qui explique la raison de sa venue. Son ami Népalais ayant suivi le même type de cheminement, les voilà qui passent leur temps à prier à l’extérieur des lieux religieux pendant que nous les visitons et à tenter d’approcher quelques Tibétains. Cet appel de Dieu prouve que la tumeur au cerveau ne doit pas encore être totalement résorbée…

 

Le dernier jour, nous avons l’occasion d’assister, de bon matin et par -10 degrés, à la puja (prière) au temple Ramoche. Une cinquantaine de moines psalmodient des mantras et engloutissent leur tsampa (farine d’orge grillée, le plat tibétain de base). Nous nous sentons comme des intrus mais l’accueil des moines est excellent et ils font honneur à la réputation de grande ouverture d’esprit de l’ordre Bouddhiste.

 

2012010616 Lhasa Potala by night

Au-dessus des nuages

 

Notre voyage touche à sa fin et nous partageons un dernier diner en ville. Kim le Sud-Coréen vide ses quelques bières quotidiennes et nous échangeons nos adresses-mails car chacun va soit poursuivre son voyage en Chine ou en Inde, soit rentrer chez lui. 

 

 

 

 

 

Mais il nous reste une dernière merveille à découvrir. L’avion Lhassa-Katmandou que nous prenons (avec deux heures et demie de retard alors que c’est le seul vol international de la journée) va en effet survoler une partie de l’Himalaya, et notamment le mont Everest, le plus haut sommet du monde, ainsi que les troisième et cinquième plus hauts sommets. Un véritable « Mountain flight » enchanteur, que je photographie, conscient de la chance qui m’est offerte d’admirer un tel spectacle. Nous volons à 10 000 mètres d’altitude, ce qui est finalement peu au vu de la hauteur moyenne du terrain survolé.

 

2012010708 Avion Lhasa-Katmandou Mont Everest

Je reviens à Katmandou, ravi d’avoir découvert ce Tibet aujourd’hui terre de contrastes entre un peuple montagnard au mode de vie ancestral et une Chine toute puissante qui impose son influence jusque dans les moindres recoins de la région. Je serai curieux de revenir dans une dizaine d’années afin d’observer ce que la contrée sera devenue…

Publié dans Récits

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Anne-Sophie au Togo 17/02/2012 18:03

Cher Charles,

me voici rentrée du Togo et c'est avec plaisir que je peux enfin lire ton blog.

Comment vas-tu?
Le moral?

A bientôt

Didier ancelin 22/01/2012 17:19

Et moi qui ne savais même pas ce qu'était un tri

Et moi qui savais à peine ce qu'ėtait un trek ! A part le fait que tu nous fais des frayeurs rétrospectives (seul et sans trousse de secours)ton reportage est une fois encore très intéressant)
Merci pour tous ces détails historico-culturels qui permettent de suivre ces passionnantes aventures

xavier et marie de La Chapelle 08/01/2012 18:48

quel voyage !et quelles découvertes c'est fabuleux merci de nous faire partager tous ces moments a très vite pour la suite mille bisous

Mathieu R 08/01/2012 18:03

Merci Charles pour ce récit au top!
Je pense que tu commences plutôt très bien l'année 2012!
Bon courage pour la suite.