Investigaciones Santiaguanas

Publié le par charles

Une nouvelle enquête

 

Me voici arrivé à Santiago, capitale du Chili, pour une mission exploratoire de deux semaines.

La mission exploratoire est menée pour mon ONG en France, Développement sans Frontières (DSF), qui a pour activité unique l'envoi de volontaires dans des associations locales de l'hémisphère sud. C'est par leur biais que je suis parti réaliser des missions humanitaires en Inde et en Bolivie.

Mais avant d'envoyer des bénévoles, il s'agit de rentrer en contact avec ces associations locales. C'est dans ce contexte qu'existent les missions dites « exploratoires » qui consistent en une enquête menée sur et qui a pour but de découvrir l'organisation avec laquelle DSF souhaite nouer un partenariat. Cette enquête peut donc être réalisée par un volontaire, et c'est ainsi que j'en ai déjà effectuée une au Népal et que DSF m' a demandé d'en entreprendre une nouvelle au Chili.

Il s'agit de rencontrer l'association, d'avoir différents entretiens dans les services, d'aller également sur le terrain, afin de bien comprendre leurs activités, comment ils fonctionnent, et quels sont leurs besoins de volontaires internationaux. En parallèle de cela, il faut étudier le contexte économique, politique, social et sécuritaire de la ville et du pays. Ce sera particulièrement important ici dans la mesure où DSF n'a pas encore de liens avec des organisations au Chili, et qu'en conséquence il s'agira « d'ouvrir » un pays.

Deux semaines représentent une courte durée et le travail à fournir est important, mais c'est une tâche intéressante.

2012090105 Santiago Palacio de la MonedaLe plus difficile et c'est ce que je ressens avant mon premier rendez-vous avec Techo, l'association Chilienne, est de repartir de zéro, et d'aller au devant des gens et des choses. Cela nécessite une certaine dose d'énergie qu'il n'est pas toujours évident de rassembler.

Je fais mes adieux à Caro et Damien, qui s'envolent pour la Nouvelle-Zélande pour la suite de leur superbe périple. Je me suis logé dans un hôtel très sympathique de la Plaza de armas de Santiago, mais les prix des 2012090210 Santiago Plaza de Armas by nightchambres étant élevés, je couche dans un dortoir de huit lits. C'est ce qu'on appelle de l'optimisation d'espace.

L'hôtel est situé au dernier étage d'un joli bâtiment et offre une vue agréable sur la place et les alentours.

Le soir, accoudé au balcon, je m'interroge. Je ne ressens plus le même élan que lors de mes missions précédentes. Une sourde lassitude me gagne, alors que je viens encore de faire des adieux à des personnes avec qui j'ai partagé de belles choses. Serais-je rassasié de découvertes ? Toutes ces personnes et ces enfants, autochtones ou voyageurs, que j'ai rencontrés au fil du temps, ont-ils étanché ma soif de nouveautés que je pensais inextinguible ?

Quoi qu'il en soit, DSF et Techo (Toit) comptent sur moi et mes états d'âme importent peu.

 

 

Techo du Chili

 

Je rencontre dans un premier temps Marion, une Française qui travaille ici depuis deux ans, qui m'introduit à la structure.

Techo est donc une association Chilienne, existant depuis 1997, qui a démarré son activité en construisant des « casas de emergencia », soit des petites maisons d'urgence, suite à un des tremblements de terre qui secouent régulièrement le pays. D'où le nom de « toit ». L'organisation s'est ensuite développée, s'étendant dans dix-neuf pays d'Amérique centrale et du Sud, et en ajoutant d'autres activités comme « l'habilitation sociale », qui regroupe les thèmes de microcrédit, la santé, l'aide à l'emploi, l'éducation, et autres. Aujourd'hui, 400 salariés travaillent pour Techo, ainsi que de très nombreux volontaires locaux. En effet, la construction des maisons d'urgence prend deux jours seulement, car il s'agit d'une cahute sur pilotis. Techo en a construit des centaines de milliers dans les bidonvilles d'Amérique Latine. Ainsi, beaucoup d'étudiants aident Techo, également en intervenant régulièrement dans ces bidonvilles pour donner des cours et soutenir les activités. Ce sont donc des bénévoles à temps partiel.

Techo est très reconnue aujourd'hui au Chili et ailleurs, et travaille parfois en étroite collaboration avec les gouvernements et services sociaux locaux.

Nous mettons en place avec Marion un planning de rencontres et de visites avec différents services pour les deux semaines à venir.

2012090109 Santiago  2012090202 Santiago Plaza de Armas


 

Mesa de trabajo

 

Le jeudi, j'ai ainsi l'opportunité d'aller assister à une « mesa de trabajo », soit une table de travail. Celles-ci sont organisées une fois par semaine dans les « Campamientos » qui sont les quartiers pauvres et bidonvilles où intervient Techo. Les parties prenantes y sont présentes avec des membres salariés de Techo, coordinateurs géographiques ou par thématique, des volontaires (étudiants donc), et les représentants du bidonville. En l’occurrence, ceux-ci ne sont que des femmes, ce qui semble être habituel.

Pendant deux heures, tous les sujets sont abordés, au cours d'échanges parfois animés. Il s'agit d'un point global sur l'avancée des projets, leur utilité, l'efficacité avec laquelle ils sont menés. Tamara, qui mène la réunion, fait montre d'une belle autorité et d'une capacité étonnante à ménager tous les interlocuteurs.

Étant là en tant que spectateur, j'observe, les yeux et les oreilles grand ouverts, car j'ai le sentiment d'avoir beaucoup de chance d'être en mesure d'assister à cette réunion. Les femmes du campamiento se montrent aimables mais aussi exigeantes. J'essaye de réaliser quelles sont leurs conditions de vie, leur point de vue sur l'action de Techo et leurs attentes. Elles sont mal habillées, négligées et sales, et deux d'entre elles ont dans leur giron un bébé. Certaines se taisent pendant que d'autres se montrent plus bavardes ou revendicatives.

J'ai ainsi un aperçu des inégalités sociales Chiliennes. Voir des étudiants issus de familles aisées communiquer avec ces laissés-pour-compte est le symbole du grand écart dans la distribution des richesses. Le Chili est le pays d'Amérique latine où ces inégalités sont le plus marquées. La Bolivie, où j'avais aussi pu constater ce fléau, n'est pas loin devant. Pour autant, et contrairement à la Bolivie justement, le Chili a un PIB global nettement plus important, et fait partie des pays les plus riches du continent. Mais la répartition de ces ressources est totalement déséquilibrée.

Je tâche aussi de saisir comment ces femmes vivant dans une grande précarité perçoivent l'aide des classes aisées. Reconnaissance ou voient-elles cela comme de la condescendance ? Sûrement un mélange complexe des deux...


 

Une capitale surprenante

 

La capitale est le reflet de ces inégalités, composée de quartiers et de banlieues aux niveaux de vie disparates. Cependant, je suis surpris du faible nombre d'indigènes rencontrés. La population que je croise dans les rues n'est pas typée, et semble être le résultat de vagues d'immigration successives, venues d'Europe principalement, à commencer par l'Espagne bien sûr mais suivies de Français, d'Italiens, d'Allemands par exemple. Je passe ainsi complètement inaperçu.2012090101 Santiago

J'ai été très surpris par l'architecture de Santiago. Grandes avenues, rues piétonnes, édifices anciens côtoyant des immeubles plus récents, quadrillage régulier. Elle ressemble à Paris par certains aspects, et à New York par d'autres. Je découvre par la suite que ce n'est pas un hasard, les Chiliens ayant fait venir des architectes de France notamment pour façonner la ville à la fin du XIXème siècle. Quant à l'influence américaine, elle est forte, notamment au niveau culturel. Et dans la profusion de fast-food et de malls (centres commerciaux). La place des États-Unis au Chili est sujette à controverse puisqu'ils ont soutenu dans l'ombre le général de sinistre mémoire, Pinochet, à l'époque pour renverser Allende et les communistes, dans le contexte de la guerre froide...

Une ombre dans la beauté de la ville est qu'elle est plongée en permanence dans une brume plus ou moins épaisse, mélange de pollution et de nuages. Santiago est coincée entre deux grandes barrières montagneuses, et se trouve donc dans une cuvette, ce qui retient cette brume. La température est fraîche, notamment le soir, car ici c'est encore l'hiver. Je n'aurai pas connu d'été cette année, pauvre de moi...

Toujours est-il que j'aime beaucoup me promener dans la ville, grimper aux cerros (monts) et flâner lors de mon temps libre.

2012090121 Santiago Cerro Santa Lucia  2012090102 Santiago


La gentillesse locale

 

L'amabilité Chilienne, que j'ai observée depuis mon entrée sur le territoire, se confirme. Les gens sont très polis, souriants, et altruistes. Depuis le restaurateur jusqu'au chauffeur de bus, en passant par la commerçante, le quidam ou le groom. Oui, dans l'édifice de mon hôtel, il y a une personne dans la cage d'ascenseur en permanence. Voici une idée de création d'emplois qui résoudrait en partie les problèmes de chômage de notre beau pays.

C'est en tout cas très agréable, et me change de la Bolivie où les autochtones avaient une certaine tendance à se montrer renfrognés.

2012090130 Santiago Palacio de Bellas Artes

Chez Techo, la moyenne d'âge des salariés est très basse, autour de 26-27 ans. Ce sont pour la plupart des jeunes qui ont été volontaires lorsqu'ils étaient étudiants. S'ils ne restent pas plus de quelques années dans la structure, c'est parce que le travail est très exigeant et intense. Cette jeunesse du personnel est à la fois un atout et une faiblesse de l'association, pleine d'énergie et d'enthousiasme mais devant renouveler ses cadres régulièrement. Le bureau est un immense open-space, s

alle unique composée de mezzanines et de recoins qui communiquent tous entre eux. L'atmosphère est comparable à une ruche bourdonnante, et l'ambiance bon enfant. Sur l'espace de la oficina central (les fonctions du siège), différentes nationalités se côtoient. Salvadoriens, Équatoriens, Argentins, Mexicains, etc. Et donc Marion la petite Française. J'y ai fait notamment la connaissance de Diego, un Argentin de Buenos Aires, qui travaille ici depuis 6 mois, et qui me m'accueillit dans l'appartement qu'il partage avec deux colocataires, l'une d'elles étant en mission au Mexique. Un soir, lors d'un dîner chez lui, avec des représentants de toutes ces nationalités d'Amérique Latine, je me fais la réflexion que les échanges culturels et professionnels sont tout de même bien facilités dans cette moitié de continent hispanophone. C'est un peu comme la France avec la Belgique et la Suisse (en partie), mais à beaucoup plus grande échelle. Et eux aussi se moquent de leurs accents respectifs.

 

Je reste de mon côté quelque peu sur la retenue. Comme je l'avais ressenti en arrivant à Santiago, je manque d'énergie pour aller vers les autres. J'ai en réalité peu envie de créer de nouveaux liens pour les distendre aussitôt, d'autant plus que je suis là pour une très courte période. Je sors peu, et me concentre sur ma mission et l'organisation des dix jours qui me resteront ensuite avant de rentrer en France.

J'entreprends néanmoins d'aller assister à un match de football, le niveau moyen au Chili étant assez élevé. Je jette mon dévolu sur l'équipe de Colo Colo, une des nombreuses équipes de la capitale, dont le nom m'amuse. On choisit comme on peut.

 

 

Futbol et manifs

 

Un dimanche, je vais ainsi à l'Estadio Monumental, belle enceinte de 47 000 places (comme le Parc des Princes cher à mon cœur). Je fais là aussi l'acquisition d'une contrefaçon du maillot des héros locaux et 2012091603 Santiago Estadio Monumentalvais m'installer. Enfin m'installer est un bien grand mot car malgré les places assises, beaucoup de spectateurs sont debout, ce qui m'oblige à faire de même. L'ambiance est très bonne, les chants nombreux et surtout repris par presque tout le stade, d'autant plus que Colo Colo réalise une grande partie et s'impose 3-0. Pas de hooligans décérébrés à l'horizon, mais quelques pères avec leurs fils, et des gens globalement tranquilles. C'est d'ailleurs une autre particularité des Chiliens, en-dehors de leur amabilité. Leur calme et leur tranquillité, bien éloignés des standards latins. Une discipline, une réticence à se rebeller assez évidentes, et ils sont d'ailleurs connus pour cela sur le continent. Est-ce lié aux années d'oppression vécues sous la dictature de Pinochet (1973-1989) ?

La jeune génération, à cet égard, s'émancipe, et les manifestations de petite envergure sont légion dans la capitale. DSF qui m'envoie des alertes sécurité dans les pays où je suis me fait parvenir des avis de manifestations et grèves très fréquemment. Les jeunes des classes moyennes manifestent pour l'université, dont le coût est exorbitant, les Mapuches, l'ethnie indigène majeure au Chili, pour sa reconnaissance et les ressortissants d'extrême-gauche manifestent leur nostalgie d'Allende.

 

 

Val paradis

 

Lors d'un autre week-end, je pars pour Valparaiso, deuxième ville du pays. Un nom aux consonances paradisiaques (paraiso signifie paradis), qui augure d'une cité magnifique, à 115 kilomètres de la capitale. C'est ici que le fameux poète Chilien Pablo Neruda écrivit ses vers. Valparaiso est aussi et surtout un port, qui fut une plaque tournante du commerce d'Amérique du Sud jusqu'à l'ouverture du canal de Panama.

J'y passe donc deux jours, à grimper les très nombreux cerros (monts) qui entourent la baie, et à contempler les myriades de couleurs des maisons et des rues, symboles de la ville.

 

2012091801 Valparaiso  2012091829 Valparaiso


 

Le temps passe vite, et je dépasse de quelques jours les deux semaines prévues au départ pour mener à bien la mission. Les rendez-vous et visites sur le terrain s'enchaînent. J'ai aussi un entretien à l'ambassade de France, nécessaire dans le cadre de mon enquête sur les conditions de sécurité et qui me permet également d'introduire DSF. Je suis reçu par le consul lui-même et la première secrétaire, qui globalement me confirment les informations et impressions que j'ai glanées et ressenties depuis mon arrivée.

 

Tout cela est concluant, puisque DSF va bientôt commencer à envoyer des volontaires depuis la France pour soutenir Techo.

 

La mission se termine, mais l'excitation est grande car demain je vais sur l'île de Pâques !

 

2012091812 Valparaiso

Publié dans Récits

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babane 01/10/2012 13:50

de retour, quand ecris tu la fin ? il nous manque ça pour boucler ta boucle, et toi aussi surement ...

anne-so 30/09/2012 18:28

Eh bien, ta liste de pays s'allonge drolement! Je pense que ce retour va te faire du bien, tu vas pouvoir te poser et trier dans ta tête toutes ces rencontres, ces paysages, ces pays...

Marie-Carole de La Chapelle 28/09/2012 16:00

hola mon Chat désolée j'avais pris un peu de retard dans ma lecture ! quand rentres tu ? je crois que c'est ce week-end ?

je pars mardi 2 au matin sur le Mèkong en voyage de presse jusqu'au 8 octobre, à très vite pour raconter l'île de Pâques cela fait rêver
Bisous

Didier ancelin 22/09/2012 19:16

Quelle variété de pays, de situations et de rencontres ; toujours finement observées . Il ne manque plus que l'ile de Pâques et les photos qui iront avec . Bonne fin de périple .