Indian Tour

Publié le par charles

C’est le cœur gros que je me mets en route, laissant derrière moi les enfants magnifiques de Ballaldighi.

J’emprunte un bus, un bateau et un auto-rickshaw pour rejoindre Krishnagar et prendre le train pour Calcutta. Je passe quatre heures debout, comme souvent, et le train, accumulant déjà une heure trente de retard, décide qu’il n’ira pas plus loin. Je sors de la gare inconnue dans laquelle nous sommes arrêtés, assez inquiet car j’ai un train de nuit à attraper depuis une autre gare de Calcutta. Les taxis m’assaillent et lancent leurs tarifs. On se croirait dans une salle des marchés. L’un d’eux, probablement joueur de poker, décide de bluffer et me propose la course à 50 dollars. Je monte finalement dans un à…3 dollars, et arrive à Howrah station à 22h, juste à temps pour monter dans le wagon qui m’emmènera dans l’état de l’Orissa, à 12 heures au Sud. Je voyage en classe sleeper, qui est la quatrième classe locale. Mes ressources financières sont à marée basse.

 

 

Tribal Orissa

 

J’arrive le lendemain matin, à Puri, la schizophrène, à la fois une des villes saintes d’Inde et une station balnéaire prisée par la classe moyenne autochtone. Se trouve ici le Jagannarth temple, mais il est interdit d’y entrer si l’on n’est pas de religion Hindoue.

L’occasion m’est donnée, dans cette ville, de remarquer à nouveau que cette middle-class est souvent bedonnante, hommes comme femmes, loin de l’image de pauvreté et de famine extrême que l’on peut parfois se faire depuis l’Europe.

Je passe quelques heures à la plage, et me baigne dans le golfe du Bengale, mes affaires étant pendant ce temps surveillées par Marie, une Française quinquagénaire qui me rend ainsi la pareille. Elle parcourt l’Inde depuis quelques mois et s’est fixée à Puri depuis trois semaines afin d’écrire un livre. Je lis dans ses yeux une souffrance, un évènement tragique, dont elle aurait fui les relents dans cette partie du monde pour le moins dépaysante.

Je vais ensuite à la découverte du temple du soleil à Kornak, magnifique édifice soutenu par vingt-trois immenses roues gravées dans la pierre. Puis direction Bhubaneshwar, et ses temples hindous que l’on peut croiser aux détours d’une longue promenade dans la ville, bâtis entre le VIème et le XIIème siècle et qui me font penser à Angkor au Cambodge.


 

La chaleur est accablante, car en Inde c’est encore l’hiver mais la température monte tous les jours et est loin d’être aussi douce qu’en décembre ou janvier. Elle va continuer à augmenter jusqu’à devenir presqu’insupportable entre la mi-mars et juin, avant la mousson qui surviendra en juillet.

Je trouve pour ma part que le début du mois de mars est déjà étouffant, particulièrement dans les bus bondés qui se transforment en fournaises, que j’emprunte régulièrement.

Je me déplace étape par étape, en prenant mes billets de train la veille pour le lendemain, et en frappant à la porte des hôtels que je trouve sur ma route. Je trouve cela plus amusant et reste ainsi libre de mes mouvements. Mais je ne me tords pas de rire lorsque cela m’occasionne quelques péripéties rocambolesques, de longues heures d’attente dans les gares, ou la mauvaise surprise de me voir répondre par une dizaine d’hôtels qu’ils sont complets avant d’en trouver un qui veut bien de moi, comme à Bhubaneshwar.

 

Hormis ma rencontre avec Marie et quelques touristes croisés ici ou là, je suis surpris du peu de visiteurs étrangers dans cet état de l’Orissa, au sud de Calcutta. C’est un état qui est resté tribal, et relativement pauvre.

Mes prochaines destinations, Bénarès et Agra, sur la vallée du Gange, devraient être beaucoup plus courues !

 

 

Ganga valley

 

Bénarès, ou Varanasi, est le cœur de l‘univers Hindou, lieu de passage entre les mondes physique et spirituel. C’est une ville sainte s’il en est, et aussi l’une des plus anciennes cités du monde. Elle est long2012022823 Benaresée par le Gange, et les Ghats, sortes de plateformes ou d’embarcadères à vocation sacrée, sont disséminés tout du long. Bénarès est un vrai labyrinthe, et j’use de toutes les ressources de mon sens de l’orientation pour ne pas me perdre.

Au petit matin, je vais m’asseoir sur les marches d’un Ghat afin d’observer la vie locale. Celle-ci est faite de lessives, d’ablutions, de promenades en barque mais surtout des fameuses crémations. Ca et là, des corps, enveloppés de saris rouges pour les femmes, blancs pour les hommes, sont transportés puis installés sur les bûchers. Je ressens, tout comme à Pashupatinath au Népal, où l’on peut assister au même spectacle, cette gêne insidieuse, le sentiment d’être un voyeur sans vergogne, et je ne laisse pas mon regard s’attarder sur ces feux synonymes de passage dans l’au-delà.

Sur ma rangée de marches, je rencontre Lauren, une jeune Française, artiste touche-à-tout, qui est à Bénarès depuis trois jours, se laissant imprégner de la ferveur ambiante, et qui réalise des photos qui lui permettent de financer ses voyages.

Comme attendu, les touristes sont très présents dans la ville sainte. Les autochtones parlent en conséquence un anglais correct, mais ils ne sont pas particulièrement pressants. Les saddhus et charmeurs de serpents se côtoient et hèlent gentiment les visiteurs, ainsi que les marins d’eau douce sur leurs barques, proposant leurs services, tout cela se déroulant dans un joyeux brouhaha.2012022809 Benares

Il est très difficile de se repérer dès lors qu’on pénètre dans le dédale des ruelles. Aucune rue n’est indiquée, et les plans contenus dans les guides de voyages, imprécis voire erronés, ne sont pas d’une grande aide. Je soupçonne d’ailleurs ces guides d’être de mèche avec la guilde des rickshaws. Ils en seront pour leurs frais, car fidèle à mon habitude, je préfère marcher pendant des heures afin de « ressentir » les villes. C’est à mon sens la meilleure façon d’observer la population locale.

 2012022848 Train Benares-Agra

Mon train entre Bénarès et Agra, ma prochaine étape, sera homérique. En effet, première surprise : nous sommes deux avec la même couchette réservée. Mais cela n’est rien au regard des nuées d’indi en s qui vont débarquer dans le wagon au cours de la nuit. Nous nous retrouvons cinq fois plus de passagers que de couchettes, la moitié des hommes étant étonnamment munis de fusils. Je n’ai pas saisi pourquoi, et ne cherche plus à comprendre d’ailleurs. A partir de minuit, je voyage assis sur une fesse, sur un rebord de banquette, penché en avant à cause de la couchette située au-dessus. Tout le monde s’entasse, il est impossible de dormir ou de faire quoi que ce soit. Je resterai, stoïque, dans cette position, entre minuit et huit heures du matin. L’éloge de la patience.


Mais une récompense m’attend, car j’arrive à Agra, où est situé le Taj Mahal, une des merveilles du monde, qui est inscrite sur ma liste des choses à voir dans ma vie. Cette liste qui s’allonge à mesure que j’en coche les lieux…

En guise d’introduction, je vais arpenter le fort rouge, palais des empereurs moghols, gigantesque et fastueux. Puis je pénètre dans l’enceinte du Taj Mahal, et arrive devant la porte principale, derrière laquelle se dessine au loin le fameux Taj Mahal, mausolée en l’honneur de la bien aimée de Shah Jahan, un empereur moghol sentimental (et riche). Un moment magique, et l’émotion m’étreint au fur et à mesure que je découvre et admire le mausolée, qui est à la hauteur de sa réputation, blanc, immense, majestueux, tout en symétrie et constitué de marbre blanc incrusté de dizaines de milliers de pierre semi-précieuses.

Le soir, je dîne sur une petite terrasse située juste au sud du Taj Mahal, en compagnie de Dana, une charmante et intéressante Argentine rencontrée sur place.2012022953 Agra Taj Mahal

 

Wealthy Rajasthan

 

Mon étape suivante, Jaipur, est la capitale du Rajasthan, l’état le plus célèbre de l’Inde, qui recèle de nombreux trésors comme un désert, des palais, forts et temples édifiés par des maharadjas. C’est un état très riche, et je suis frappé de découvrir des Indiens très différents de ceux que j’ai déjà pu rencontrer. Je les trouve beaux, et pas uniquement parce qu’ils sont plus soignés. Ils ont les traits fins, le visage régulier, et apparaissent avoir un niveau d’éducation supérieur.

 2012030328-Jaipur-Jaigarth-fort.JPG

Je suis hébergé à Jaipur par Amit, un couchsurfer Indien. Il vit dans une maison située en li sière de la ville de 3 millions d’habitants. Pour la première fois depuis le début de mon Indian tour, je passe plus d’une nuit dans une ville, et je prends le temps de me détendre un peu et de visiter la ville et ses alentours, notamment  le fort Jagarth, niché sur les collines et qui domine le panorama. Jaipur  est grande et bruyante, mais le fait d’être hébergé par un Indien me donne l’occasion d’échanger et de partager avec Amit et sa famille, ainsi qu’avec un autre de ses hôtes, de nationalité Tchèque.

 

 

Je pars ensuite pour Udaipur, la « Venise des Indes ». C’est une superbe cité, en bord d’un grand lac avec en son milieu deux petites îles, l’une abritant un palais et l’autre un hôtel de luxe. Udaipur a été le théâtre de l’action d’un film de la série des James Bond, « Octopussy », en 1983, avec un Roger Moore au mieux de sa forme, goguenard et séducteur. Ce film est d’ailleurs la fierté de la ville puisque de très nombreux restaurants en proposent la projection. J’aurai donc l’occasion de regarder le film, et ce par deux fois, pour deux soirées passées en ville. Celle-ci est réellement très agréable et relaxante et exhale effectivement un grand romantisme. Je prends le temps de découvrir à nouveau les nombreuses ruelles, et de m’asseoir au bord du lac, au soleil, savourant les derniers jours de mon voyage, puisque ma dernière étape m’attend, à Bombay.

2012030409 Udaipur

 

Bombay la bombe

 

Bombay est la ville la plus peuplée d’Inde, devant Calcutta et Delhi, avec quelque vingt millions d’habitants. Elle tire son nom du Portugais « Bom bahia », qui signifie « bonne baie », donné par les colonisateurs lusitaniens qui arrivèrent dans la région. Elle est le centre névralgique des affaires, et bien sûr du cinéma, le fameux « Bollywood ».

Les trois mégapoles d’Inde sont très différentes, à l’image de l’Inde diverse. Il faut bien réaliser que le pays est grand comme une petite Europe, et qu’il peut y avoir autant de différences sur certains aspects entre les états  qu’entre la Norvège et l’Espagne par exemple. Vingt-trois langues officielles sont reconnues en Inde. J’ai pour ma part traversé seulement six états sur les vingt-huit qu’elle comporte. Découvrir l’Inde dans son ensemble prendrait des mois, mais ma visite très partielle m’a permis de constater ces différences.

Bombay donne directement sur la mer d’Oman, et le climat s’en trouve adouci, une bonne brise venant de la mer atténuant les rayons brûlants du soleil. Je suis à nouveau hébergé par un couchsurfer Indien, Mark, au Nord de Bombay, dans un quartier entouré par les bidonvilles, les « Slums », qui donnent leur surnom aux habitants, les slumdogs. Comme il se doit, j’ai regardé chez Mark le film « Slumdog Millionaire ». 2012030616 Bombay Santa Cruz vue de l'appart de Mark

 

Mark est traducteur freelance, il parle plusieurs langues dont le portugais et l’anglais. Il vient de Goa et vit dans un petit appartement avec trois colocataires, de Goa également. Nous partageons pour dormir l’unique chambre de l’appartement, allongés sur les matelas à même le sol qui remplissent la pièce.

Mark dispose de temps et m’emmène gentiment à la rencontre de la ville, et notamment la Gateway of India, le Taj Mahal hôtel, célèbre pour la prise d’otage qui y eut lieu,  ou encore le quartier néo-gothique, héritage des Anglais, qui s’étaient vus offrir la ville par les Portugais en guise de cadeau de mariage pour le roi d’Angleterre en 1661. Ce quartier propose une architecture délirante, avec en point d’orgue le Victoria Terminal, aux gargouilles inquiétantes.2012030611 Bombay Victoria Terminal

Pour mon dernier jour en Inde, Mark m’emmène dans le quartier catholique de la ville, héritage des Portugais, et sur une grande plage de Bandra, où se trouvent de nombreux Indiens, tous habillés et aucun ne se baignant.

2012030721 Bombay Bandra

 

J’ai du mal à réaliser en ce dernier jour que cette superbe expérience prend fin. J’ai le sentiment d’avoir pleinement profité, et d’avoir pu réaliser des projets très différents, entre mon enquête à Katmandou, la découverte du Népal, le Tibet, le trek, ma mission avec les enfants à l’école de Sri Mayapur et enfin ces deux dernières semaines d’Indian tour express. Je laisse derrière moi des pays aux cultures radicalement différentes, que j’ai pris le temps de connaître et d’apprécier, parfois dans la difficulté, mais je ne changerais rien s’il m’en était donné l’occasion !

 

 

Publié dans Récits

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marie-carole de La Chapelle 26/03/2012 13:57

j'aurais bien fait cet indian tours avec toi, car moi aussi je rêve de voir le Taj Mahal, peut être un jour ...
à bientôt pour que tu nous racontes tout cela, tu nous appelles
bisous