Indépendance et Partition de l’Inde

Publié le par charles

 

Un épisode majeur de l’histoire récente du continent asiatique nous est souvent méconnu depuis la France. Il s’agit de l’accès à l’indépendance de l’Inde après un siècle d’affiliation à la couronne Britannique, en 1947.

Depuis la France nous avons en effet peu d’informations sur l’Inde. Nous avons bien tache de la coloniser au même titre que les Amériques ou l’Afrique, mais nous avons perdu une importante bataille contre les Anglais et avons du nous en retirer au XIXème siècle.

Je me suis évidemment renseigné et documenté sur le sujet, mais une source extrêmement fournie m’est arrivée entre les mains avec le livre « Cette nuit la liberté » de Dominique Lapierre et Larry Jennings, publié en 1975, et qui relate au long de 750 pages passionnantes le récit chaotique de cette indépendance.

Pour raconter cette histoire, les auteurs ont travaillé pendant trois ans, réunissant des dizaines de tonnes de documents, menant des centaines d’heures d’entrevues, et parcourant l’Inde en tous sens.

Les protagonistes en sont : Lord Mountbatten, le dernier vice-roi des Indes, le Mahatmah Gandhi, Nehru, le premier ministre, Mohammed Ali Jinnah, le premier gouverneur général du Pakistan, et une myriade de personnages secondaires, parmi lesquels des paysans, des militaires et des maharadjas, dont sont dépeints les fastes. Palais immenses et dorés, réceptions somptueuses, éléphants caparaçonnés, chasses au tigre, collections de Rolls-Royce fabuleuses et autres excentricités tranchent avec le quotidien misérable de leurs sujets et exhument les sensations d’une Inde de légende, aujourd’hui disparue.


 Au sortir de la deuxième guerre mondiale, la Grande-Bretagne, exsangue, entreprend de démanteler son empire. La lutte des Indiens pour leur indépendance, avec Gandhi en figure de proue mais pas seulement, les convainc qu’il est temps d’accéder à la volonté de cet immense peuple de plus de 400 millions de ressortissants.

Elle envoie Lord Mountbatten avec pour mission de négocier les échéances et de tracer les contours de cette nouvelle liberté.

A cette époque en Inde, trois religions majeures coexistent :

Les Hindous. 281 millions de fidèles.

Les Musulmans. 115 millions. L’islam a été introduit en Inde par les Moghols, qui ont dominé la contrée entre 1526 et 1857. Les « grands moghols », dont Akbar ou Shah Jahan, qui fit ériger le Taj Mahal. De nombreux Indiens se sont convertis et notamment ceux de la caste des dalits (les intouchables, les parias), attirés par la promesse d’un meilleur sort que dans le système Hindou qui les plaçait non pas en bas de l’échelle mais en dessous de celle-ci.

Les sikhs. 6 Millions. Une minorité religieuse. Très présente dans les domaines des affaires et de la guerre. Ils sont reconnaissables à leur barbe et à leur magnifique turban. Leur religion est un mélange d’islam et d’hindouisme, et ils sont a cette époque de valeureux guerriers, qui ont multiplié les actes de bravoure dans les rangs de l’armée britannique. Ils sont influents en Inde malgré leur nombre relativement peu élevé au regard des deux religions majeures. Leur capitale religieuse est Armitsar, et son « temple d’or ».

Singh, nom de famille très courant en Inde, était à l’origine porté uniquement par les Sikhs, et signifie « Lion ».


Les autres religions présentes en Inde n’auront pas d’influence majeure dans les évènements. Il s’agit des Chrétiens, des Parsis (issus du Zoroastrisme) et des Jains (une branche de puristes de l’Hindouisme).


Comme cela s’est répété tant de fois dans l’histoire du monde, l’Inde se déchire pour ces questions de religion. De nombreuses violences suivies de vengeances immédiates sont perpétrées, notamment a Calcutta la violente et sauvage, mais aussi dans des villages.

C’est pour ces raisons que nombreux en Inde étaient ceux qui requéraient, au-delà de l’indépendance, une partition du pays. Et ainsi la création d’un état Musulman, qui sera le Pakistan.

Apres moult rebondissements et malgré l’opposition à la partition de Gandhi, ce fut un avocat renommé, Sir Cyril Radcliffe, à qui échut la tache complexe de la partition, suite à la volonté du Rex Imperator George V. Découpage arbitraire des frontières, allocations des services d’état, fournitures, armées, tout fut réparti jusque dans les moindres recoins, un travail monumental.

Des territoires entiers devinrent le Pakistan, mais le plus ardu fut de découper deux états majeurs, le Bengale et le Panjab.

Le Bengale occidental que nous connaissons aujourd’hui et où j’ai passé deux mois est donc la moitié Hindoue du Bengale historique.


Le 15 août 1947, l’indépendance et la partition furent déclarées.


Le Pakistan naquit, séparé en deux, à l’ouest et à l’est de l’Inde, à savoir le Pakistan occidental et le Pakistan oriental. Ce Pakistan oriental devint quelques vingt-cinq années plus tard le Bangladesh.

S’ensuivit le plus grand exode de l’histoire, les musulmans se trouvant en territoire Indien migrant vers le Pakistan, et inversement les Hindous vers l’Inde. Cela représenta des dizaines de millions de personnes sur les routes. De très nombreux conflits éclatèrent, attaques de convois, de trains, massacres dans les rues, temples brûlés avec leurs fidèles rassemblés à l’intérieur. Attaques, représailles, vengeances… Tant d’histoires tragiques, d’intolérance, de haine firent entamer à Gandhi sa dernière grève de la faim, suppliant ses compatriotes de revenir à la raison.

Il y parvint à peu près, même si encore aujourd’hui des tensions persistent. Notamment au sujet du Cachemire, état majoritairement musulman dont le souverain par couardise refusa de prendre position et resta rattaché à l’Inde. Les deux nations le revendiquent et provoquent des heurts réguliers depuis plus de soixante ans.

 

Lord Mountbatten s’en fut, sa mission accomplie, Jinnah et Nehru devinrent les chefs des deux états nouvellement créés.

Gandhi n’eut pas lui l’occasion de vivre longtemps dans cette Inde indépendante pour laquelle il avait lutté toute sa vie. Il fut assassiné en 1948 par des extrémistes Hindous qui ne lui pardonnaient pas sa position de tolérance vis-à-vis des Musulmans.

 

Gandhi.jpg

 

Publié dans Divers

Commenter cet article