Good bye Kids

Publié le par charles

 

Les deux dernières semaines de ma mission se passent sans encombre, du moins à l'école. Les enfants sont toujours ravis des cours d'anglais, même si je les soupçonne d'aimer aussi le fait que je sois plutôt coulant avec eux. Je procède tous les jours à l’heure de la grande recréation du déjeuner à la distribution des jeux et ballons que j’ai acheté pour eux grâce aux donneurs. Le jour où j’ai ramené les articles, je me s20120204 Sri Mayapur ecoleuis senti tel le père Noel. Ils détaillaient, enthousiastes, les ballons de football, de volleyball, les raquettes de badm inton ou encore les freesbees et cordes à sauter.

L’après-midi, ils aiment particulièrement me demander de dégager le ballon le plus haut possible. Je le fais sous leurs grands cris et ils n’arrêtent pas de me demander : « Sir ! Ball high ! High ! » Je leur dis à chaque fois que c’est la dernière, mais me laisse convaincre parce que cela les amuse tellement.

Vikash me propose également de distribuer les fournitures scolaires, toujours achetées avec les dons venant de France, aux enfants, et je vais donc de classe en classe afin de remettre à chaque élève les 1200 cahiers et les centaines de stylos.
En-dehors de l’école, la routine perdure. Un soir, au cybercafé tenu par mon nouvel ami Mithun, je rencontre une Russe dévote qui entreprend de me parler pendant une coupure de réseau internet. Elle a une tête à s’appeler Tatiana me dis-je et d’ailleurs c’est ainsi qu’elle s’appelle. Ou plutôt est-ce le nom qui est indiqué sur son passeport selon elle, car un nouveau prénom lui a été attribué au sein d’ISKCON, qu’elle me donne mais que je ne saisis pas, et quand je lui demande ce qu’il signifie elle me dit que
ça ne veut rien dire, que cela exprime plutôt un sentiment, une sensation… Mais bien sur…

Malgré mon manque d’intérêt digne d’un rustre de la plus belle espèce pour ce qu’elle me raconte, elle ne s’arrête pas de parler. Elle vit au sein du centre ISKCON depuis un an. Pris par la curiosité, je lui demande tout de même ce qu’elle fait de ses journées, ce à quoi elle me répond qu’elle assiste aux célébrations, prières, cours, etc. Sacré programme. 20120141 ISKCON

En partant elle m’explique que c’est Krishna qui a décidé de la coupure internet, que rien n’est laissé au hasard, et probablement a-t-il voulu notre rencontre. Je crois qu’elle me drague. Je regarde Mithun que ça fait bien rigoler, parce que nous nous entendons bien, lui-même n’étant pas un « Hare Krishna ». Il est très sympathique et parle bien anglais. Il enseigne l’informatique dans la grande ville voisine de Nabadwip. Son cybercafé est situé en-dehors du centre ISKCON et constitue pour moi un refuge appréciable.

 

Enquête parsemée d’embuches

 

Du côté de l'association SMVS, mon travail d'investigation ne se déroule pas sans heurts. Bishnu est toujours malade et son état qui s'était amélioré s'est vu rechuter. Aux dernières nouvelles, après la typhoïde, il souffrirait désormais de la tuberculose ! Il en guérira mais sera en convalescence durant six mois.

Je dois en effet, parallèlement à ma mission opérationnelle, mener une investigation afin de comprendre les différentes activités de SMVS, ceci dans le but de pouvoir leur envoyer des volontaires depuis la France dans le futur. Cela peut être pour une mission à l'école, mais aussi pour les autres projets comme la micro-finance, l'ambulance mobile qui fait le tour des villages ou l'aide globale aux femmes défavorisées des alentours. Ou encore plus globalement un volontaire peut venir afin d’apporter une aide dans la recherche de fonds. J’ai donc affaire pour la récolte d’informations et documents essentiellement à Indranil, le fils de Bishnu, à mon grand désespoir, car comme d’habitude, rien n’est précis, et la vérité d’un jour est rarement celle du lendemain.

 

 

L’heure des bilans

 

Je savais en sélectionnant cette mission dans une association locale en zone rurale ne pas avoir fait le choix de la facilité. Mais j'avais sous-estimé la barrière de la langue, pensant naïvement que du fait de leur ancienne appartenance a l'empire Britannique les Indiens seraient d’un bon niveau en anglais. De la même façon qu'en Afrique les pays anciennement colonisés par la France parlent notre langue. Ce n'est donc pas le cas, surtout quand on s'éloigne des immenses cités. Et particulièrement au Bengale occidental, état pauvre s’il en est.

Un autre facteur inattendu s'est présenté avec la secte ISKCON, présente à Sri Mayapur. Si elle n'a aucun lien avec l'association SMVS, dont dépend l'école dans laquelle j'ai travaillé, la taille du centre a une influence considérable sur l'atmosphère du village. Une grande animation en résulte, particulièrement en ce mois de février, dédié à un grand festival. Je me suis donc senti pour le moins en marge de cette ambiance, faite de méditations et de chants lancinants. Mais cela n'a pas que des désavantages, puisque cela permet d'avoir accès à des cybercafés (présents en raison du grand nombre d'étrangers en pèlerinage) et à deux ou trois bons petits restaurants.

Enfin, et cet aspect fut vraiment conjoncturel, la maladie de Bishnu, celui qui devait être mon contact au sein de l'association, n'a pas facilité mes démarches et surtout cette partie « mission exploratoire » de mon séjour. J'ai pu le rencontrer à une occasion seulement, alors qu'il était en convalescence dans le lit de sa petite maison à Krishnagar.

Puisque voici venue l’heure des bilans, j’en dresse un petit quantitatif et qualitatif  des un mois et demi passés à Sri Mayapur:

Des centaines de moustiques tués dans ma chambre. J’ai bien développé mes réflexes.

14 livres lus. Du roman de gare, type polar à la Connelly ou pseudo-ésotérique façon Khoury, au magique Prince des marées de Conroy, en passant par Sartre, ou encore Narayan, écrivain indien majeur du XXème siècle.

16 Go de musique écoutée en boucle sur mon ipod.

Une expertise en matière de veg food Indienne.

Des bleus, bosses et écorchures récoltés dans la cour de l’école. Ces petits cons n’hésitent pas à me tacler.

Un nouvel ami facebook en la personne de Mithun le gérant du cybercafé dans lequel j’ai mes habitudes.


 

Adieux aux enfants de Balladighi

 

Pour ce qui sera ma dernière journée à l’école, je viens avec deux livres en guise de cadeaux pour Vikash, et quelques photos que j’ai pu faire imprimer dans une boutique au sein du centre ISKCON. Un20120320 Sri Mayapur ecole autre bienfait, que je compte sur les doigts de la main amputée de deux, de la présence des mabouls.

Mon dernier cours démarre studieusement avec ma classe fourre-tout 5-6-7, mais au bout d’une heure ils me font comprendre qu’ils ont plutôt envie de s’amuser pour nos derniers moments ensemble. Cela tombe bien, je suis dans le même état d’esprit. Nous passons alors une heure à prendre des photos, des vidéos, faire des grimaces. Je signe pour finir quelques autographes sur les paumes de leurs mains et leur laisse mes coordonnées, à leur demande. Certains me dictent le numéro de téléphone de leurs parents.

L’après-midi, parties de foot, de volley et de cricket endiablées ponctuent ma mission. J’ai une dernière discussion avec Vikash, qui m’offre en cadeau au nom de l’école un petit Krishna porte-bonheur.
Il me confie que de nombreux enfants sont venus le voir pour lui demander pourquoi je partais.

Ils sont adorables et au moment fatidique de nos adieux me lancent des « I miss you », exprimant par là du mieux qu’ils peuvent avec leur anglais rudimentaire (mais un peu meilleur qu’il y a un mois et demi ose-je espérer) que je vais leur manquer. J’en fais sauter quelques-uns dans mes bras et leur dis qu’eux aussi vont me manquer.
Ils me demandent quand je reviendrai, ainsi que les autres enseignants, et je ne sais que leur répondre. Il y a de fortes chances pour que je ne les revoie jamais mais Vikash a promis de m’envoyer des nouvelles de l’école. J’envisage de mon c
ôté de réunir des fonds depuis la France après mon retour, pour l’aider dans ses projets comme celui de monter une belle bibliothèque ou d’être en mesure d’ouvrir de nouvelles classes.

 

Il est temps de prendre la route, après un mois et demi à Sri Mayapur. Il me reste deux semaines avant de prendre l’avion du retour, et je vais les mettre à profit pour découvrir quelques-unes des innombrables merveilles de l’Inde.
Cette parenthèse dans ma vie m’a comblé. Au milieu de la vie austère et très particulière de Sri Mayapur, l’école aura été mon rayon de soleil.

Donner et recevoir, simplement, sans rien attendre en retour et sans arrière-pensées, offrent le luxe inouï d’être en mesure de se poser de bonnes questions.

Conscient de ma chance, je ne sais ce que l’avenir me réservera. Quoi qu’il en soit je garderai un souvenir impérissable de cette expérience, et j’espère que les enfants magnifiques de Ballaldighi se souviendront qu’ils ont eu un grand blond de professeur étranger et qu’ils se sont bien amusés.

Publié dans Récits

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candela 24/03/2012 15:00

Bonjour, je suis un de ces voisins de passage à iskcon en mayapur et j'aurai été ravi de partager de plus près ta mission associative. le caractère fondante du principe: donner sans attendre ou
offrir, tout naturellement: sans s’imposer excellence? ouvre tendrement, la relation avec l'être et toute source de vie en nous rendant personnels et unique.
Merci de continuer a insinuer ce démarche harmonieuse.
Hernan.

babane 03/03/2012 15:05

on en pleurerait ... ton blog et tes milliards de photos te permettront de garder à jamais ces merveilleux souvenirs, un très beau récit s'achève, pour peut etre un prochain ... encore merci pour
ces belles heures de lecture

Anne-Sophie au Togo 02/03/2012 19:03

Souviens toi longtemps des dernières phrases que tu viens d'écrire... prépare toi psychologiquement, le retour va être difficile pendant au moins 2 semaines... si tu as besoin de partager ton
"aterrissage" n'hésite pas!

Arnaud 02/03/2012 10:45

Chouette cette fin. Ca me rappelle presque la boulangère de Biarritz, à chaque fin d'été: "Alors ça y est vous repartez pour la Capitale ?" "Euh..ouais." "Et vous reviendrez quand ?" "Bah l'été
prochain.. et une baguette s'il vous plaît".
Bon certes, eux, tu les reverras pas tout de suite, mais ils se souviendront de toi. Et je suis sûr que t'as conclu par un "Va, vis et deviens, gamin".
Bon allez, bons derniers moments en roadtrip, on se voit bientôt.
Hasta la vista