Deep Nepal & Civil War

Publié le par charles

 

Mon enquête progresse, même si le planning des réunions de travail avec Junior Achievement Nepal est très aléatoire. Mais mes autres démarches me permettent d’avoir un aperçu assez clair maintenant de la situation économique et politique du Népal, ainsi que les bienfaits qu’une association comme JAN peut apporter dans le monde de l’éducation. Cette mission exploratoire ayant pour but d’envoyer dans le futur des volontaires depuis la France via Développement sans frontières, ce travail préliminaire est très important.

Mes différents entretiens avec Laurence, la femme du vendeur de Thangka que j’ai pu interroger longuement, Banshu, le guide Népalais si sympathique, Jean, l’ambassadeur adjoint désabusé, Pattun, le si sympathique commerçant, Pabrati, la réceptionniste d’hôtel déterminée, Rabindra l’homme d’affaires accompli ou encore Sheilan le très drôle responsable d’agence de voyages m’ont en effet permis de comprendre comment vivent les Népalais, leurs valeurs, leurs standards, et surtout d’échanger sur leur  vision du pays dans toutes ses dimensions. 

Je continue également de déambuler de par la ville, via de longues marches qui m’amènent dans des endroits magnifiques, comme le Pashupatinath, temple dédié a Shiva, où là aussi des hordes de babouins ont élu domicile. On peut y rencontrer des sâdhus, ces ascètes qui ont renoncé à la société et sont peints sur tout le corps en signe de déférence aux différents dieux de l’Hindouisme. Certains de ces sâdhus se sont reconvertis en modèles photos (le renoncement aux biens matériels est pour eux un vœu pieu).

Intrigué par des tas de bois qui bordent la rivière Bagmati, un affluent du Gange qui ceint les temples, j’observe et assiste aux Buchers de crémation. En effet, au Népal comme en Inde les morts ne sont pas enterrés mais brulés. Je me sens un peu gêné d’assister à cela, et ne reste pas longtemps. Un touriste l’est beaucoup moins puisqu’il filme la scène.

Mise au vert

Le samedi, qui est le jour de repos des Népalais, et encore une fois après maints reports, Rammani me propose de m’emmener à l’est de la vallée de Katmandou, afin de visiter une école notamment.
Nous partons donc avec des amis à lui et nous arrêtons en chemin à Duhlikhel pour manger le fameux dal baht (le plat népalais par excellence, riz nature, soupe de lentilles, curry de légumes et parfois un peu de viande), avec les doigts de la main droite bien sûr.

Je découvre Rammani dans un tout autre contexte, ce qui n’est pas pour me déplaire. Il m’emmène dans son village natal, a environ 50 km de Katmandou, Devbhoomi Baluwa (Terre de Dieu et sable), où l’on accède via des « chemins » pour le moins accidentés. Il salue tout le monde sur le bord de la route, et je sens une certaine émotion chez lui. 

2011121705 Dhulikhel 

Il est très agréable de découvrir un autre aspect du Népal, ce Népal qui vit de l’agriculture et constitue la majorité du pays. Les habitants sont tous dehors, discutent, jouent, et sourient en permanence. Le chemin de terre soulèveune poussière opaque et les animaux, vaches, chèvres, poules, vaquent avec en toile de fond les contreforts des montagnes himalayennes. Une atmosphère de paix et d’harmonie se dégage, en dépit d’une évidente pauvreté.

 


Nébuleuse politique

 

Nous arrivons à l’école du village (et des villages alentours), et tombons au beau milieu d’un meeting politique. Je retrouve le frère de Rammani, Sunderman la fashion victim, qui porte de grosses lunettes noires et semble très à son affaire puisqu’il est un élu de district pour son parti, le Nepal Democratic party. Aucune femme n’assiste à la réunion. La politique est un sujet sérieux au Népal.

Rammani m’emmène ensuite voir sa maison natale, après une courte marche au milieu de rizières et de champs de pommes de terre. Celle-ci est détruite car elle a été brûlée par le parti maoïste en 2005. Sur le mur une inscription en sanskrit : « Maoïstes au pouvoir ! ». Son père était un homme politique influent de la région et le parti communiste l’en a donc puni. La maison avait heureusement été vidée auparavant. Rammani se montre pudique, m’invite à boire un dou tchiya (the au lait sucre) avec ses anciens voisins, et m’explique qu’un jour il reconstruira la maison.

2011121730 Devbhoomi Baluwa Maison incendiee de Rammani

Le Népal a un contexte politique très instable. La monarchie a disparu il y a une quinzaine d’années et depuis les parlements prônant une république démocratique se succèdent, entre trahisons, coups d’état et immobilisme. Le parti maoïste, au fil des années, a pris de l’assurance et a commis de nombreuses exactions qui ont mené à une guerre civile qui a pris fin lorsqu’ils ont accédé au pouvoir en 2008. Mais la corruption et la violence gangrènent encore et toujours le pays.

Nous revenons à l’école où se tient le meeting unisexe. Je ne me sens pas à ma place dans ce contexte, mais à ce moment des événements se font jour qui reflètent bien le trouble encore présent dans le pays. Nous apprenons que nous ne pouvons retourner à Katmandou pour le moment. En effet, un homme politique important du parti démocratique est décédé la veille des suites des blessures qu’il a reçues dans un commissariat quinze jours auparavant. En signe de protestation, des émeutes ont lieu dans tout Katmandou et les routes pour y accéder sont fermées. Etant au milieu de membres de ce parti démocratique, je suis aux premières loges ! Mais ils gardent leur calme et entament une lente procession en entonnant des chants à la gloire de la démocratie.

Il est à noter que selon d’autres sources, ce parti serait non seulement démocratique, mais aussi anarchiste. Question de point de vue.

Je monte dans le gros 4x4 de Sunderman qui ne perd pas le Nord et me parle d’une joint-venture que nous pourrions monter dans le recrutement de Népalais en France. J’acquiesce mollement, peu convaincu par le potentiel de cette idée, malgré son enthousiasme.

 

Bio food

 

Nous nous arrêtons sur le chemin du retour, à nouveau à Dhulikhel, et nous rejoignons ce qu’ils appellent un2011121744 Resto a Dhulikhel « restaurant ». Ce qui est un peu exagéré a mon avis pour une unique table et les services d’une famille entière aux petits soins pour nous.

On nous présente une poule bien mignonne, qui dans la minute suivante se verra trancher le cou et déplumée. Directement du producteur au consommateur, ça c’est du bio ! 

Les quatre compères, outre Rammani le businessman qui possède plusieurs entreprises, sont Prakash le marrant, acteur-chanteur à succès, Pavindra le débonnaire, curieux de tout, et enfin Uttam le taiseux, qui a fait office de chauffeur toute la journée. Ils éclusent quelques petites bouteilles de whisky népalais coupé d’eau pendant que je les accompagne avec de l’Everest beer. Les langues se délient et ils m’expliquent qu’ils sont tous originaires de ce même village et sont amis depuis l’enfance. Ils connaissent un grand succès dans leurs domaines, mais sont restes très attachés à leur terre natale, et sont des pacifistes convaincus, écœurés par l’instabilité politique de leur pays.

Sur la route du retour, l’accès à Katmandou étant rétabli, Prakash, très en forme, décide de faire étalage de ses talents de chanteur, et nous finissons tous solti (amis) pour la vie.

Le lendemain, les sessions de travail avec Rammani seront annulées car il souffre de maux de tête. Aussi appelés une bonne gueule de bois.

2011121749 Resto a Dhulikhel
Katmandou suspendue

Lundi, en conséquence des événements précédents, une grève nationale est décrétée. Je me rends à pied au bureau de JAN pour conclure sur quelques sujets. Le spectacle de Katmandou arrêtée est saisissant. Aucune circulation (pas de corrida aujourd’hui), rien d’ouvert et de très nombreux Népalais qui marchent silencieusement dans les rues, pendant que retentissent régulièrement au loin des sirènes de police. Celle-ci veille au grain. Des tas de pneus brûlent un peu partout dans la ville, mais sans autre agitation que quelques arrestations sans violence auxquelles j’assiste ici et là. C’est toute la ville qui tourne au ralenti aujourd’hui, et on m’explique que ceux qui ne respecteraient pas cela verraient leurs magasins proprement caillassés.

Le soir la vie reprend son cours. Je suis surpris par l’impassibilité des Népalais avec qui je discute de ces événements, qui sont partagés entre le fatalisme et le désespoir. La guerre civile est terminée, mais elle a encore quelques relents amers.

Je croise Shailen, patron d'une agence de voyages que j'ai interviewé, dans Thamel, et lui ayant appris que nous sommes le jour de mon anniversaire, il m’invite à retrouver quelques-uns de ses amis très sympathiques et plutôt branchés, et m’offre une bière et un kitkat en guise de gâteau d’anniversaire, vu qu’il est trop tard pour acheter autre chose.

Mais je ne reste pas longtemps car le lendemain je pars très tôt  pour Pokhara, dans l’Ouest du pays, à la rencontre de l’Annapurna !

Publié dans Récits

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Didier ancelin 08/01/2012 19:04

Foisonnant d'observations et de dētails finement observés des photos superbes. Du grand reportage, vous dis-je !

arnaud 23/12/2011 11:58

Bon c'est super, t'as trouvé du boulot avec Rammani pour ton retour en France.
Profite bien.

ombline 20/12/2011 18:40

un anniversaire mémorable ! bon trek !

babane 20/12/2011 18:31

tjs aussi top ! une bonne biere pour ton anniv ça t'a pas fait tourner la tête après plusieurs semaines à jeun ?
bon trek