Aquí es Bolivia*

Publié le par charles

*Voici la Bolivie

 

Rejoindre Santa Cruz de la Sierra (Sainte-Croix de la montagne, rien que ça) constitue en soi un premier périple à réaliser. Escales à Madrid et à Buenos Aires, et un voyage d'une durée totale de 36 heures, sans écran de télévision, en panne, et à peine égayé par des plateaux-repas aussi légers que sans saveur.

 

A l'aéroport Viru-Viru de Santa Cruz, un bus m'emmène dans le centre où je retrouve Julian. Celui-ci est Belgo-Espagnol, de parents espagnols mais a grandi à Bruxelles. Il est complètement bilingue en français et en espagnol, aussi me permettra-t-il de glaner d'ores et déjà de premières informations compréhensibles et fiables. Il m'accueille car Ximena la directrice de l'association est à La Paz, et il a été lui-même volontaire auprès de Plataforma Unidos durant presque un an. Aujourd'hui il mène différents projets et collabore toujours avec la Plataforma.

Je vais passer deux nuits chez lui, avant de trouver un hôtel. Il me présente à Jesus, son colocataire espagnol, qui parle avec un débit de mitraillette, et à ses amis Boliviens puisque dès mon premier soir nous allons dîner avec eux. Je fais la connaissance de Carlos, Daniela, Maria, Luis, tous très sympathiques et ouverts. Je suis néanmoins assez limité par mon niveau d'espagnol. En effet, depuis 2002 et un séjour de deux mois au Mexique et au Guatemala, je n'ai presque pas eu l'occasion de parler espagnol, hormis un voyage anecdotique au Pérou, celui-ci étant organisé et encadré, et la pratique en conséquence très limitée.

En tout cas n'ai-je pas le choix, et c'est mieux ainsi, car les langues, c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas !


Le lendemain de mon arrivée, je me munis d'un plan de la ville, et me voilà parti à la découverte de Santa Cruz en même temps qu'à la recherche d'un hôtel. J'en choisis un dans le centre, ce qui me permettra de rayonner plus aisément dans le cadre de mes investigations. 2012072203 Santa CruzJe repasse chez Julian et Jesus, et me retrouve coincé dehors car ils ne sont pas encore rentrés. Mais leur aimable propriétaire, Joaquin, qui vit au rez-de-chaussée de la maison, se présente alors et décide que je serai un interlocuteur digne d'être abreuvé de ses histoires personnelles et délires. Il m'explique en préambule qu'il a passé quinze ans en prison pour le meurtre de sa sœur mais qu'il n'est pas coupable. Très bien señor.Ensuite il me raconte qu'il est très content de loger un Belge et un Espagnol car quand la Bolivie aura de gros soucis politiques et des émeutes graves, les Américains enverront un hélicoptère pour venir les chercher, et qu'ainsi il pourra profiter du même moyen de transport. Logique. Il finira en me parlant anthropologie, puis en défendant la théorie de l'empoisonnement de Napoléon à l'arsenic sur l'île de Sainte-Hélène...

 


Descubrir a Santa Cruz


Pour mon premier week-end à Santa Cruz, j'entreprends de partir le nez au vent afin de 2012072202 Santa Cruz« humer » la ville, manière la plus efficace à mon sens de se sentir à l'aise dans tout nouvel environnement.

Cette ville est la deuxième en nombre d'habitants du pays, et la plus riche. Bien que nous soyons en hiver (hémisphère Sud oblige), le climat est assez doux, l'altitude étant faible (400 mètres environ). Il fait beaucoup plus froid à la Paz par exemple (3 600 mètres d'altitude), surtout lorsque le soleil se cache.

Elle est assez étendue, et je suis surpris par l'absence totale d'immeubles. Le centre névralgique est la plaza 24 de septiembre, grand square parsemé d'arbres, dans lequel les autochtones aiment à venir flâner.

Il se dégage de la ville une ambiance agréable, calme et détendue. Il n'y a jamais foule dans les rues, sauf lors des manifestations à vocation politique dont les Boliviens sont férus.

2012072210 Santa Cruz

Je passe relativement inaperçu car la population, si elle est constituée majoritairement d'Indiens, comporte de nombreux métis, Indiens qui se sont mélangés au fil du temps avec des Espagnols notamment, mais aussi avec d'autres minorités venues fonder de petites colonies.

Je croise également ça et là dans la ville, surtout près des marchés, des Mennonites, cousins des Mormons issus d'une ancienne branche du protestantisme, Allemands, Canadiens voire Américains, qui portent la salopette et les manches retroussées pour les hommes, et des robes longues et tabliers pour les femmes. On les croirait tout droit sortis de « La petite maison dans la prairie ». Ils viennent vendre leur production de fromage à Santa Cruz.


Du côté de la religion, celle-ci est très présente, puisque de nombreuses églises parsèment la ville. Hormis la cathédrale située sur un bord de la place principale, ce sont surtout des maisons transformées en modestes lieux de cultes, et qui n'ont donc pas la prestance de nos belles églises. Les Boliviens sont catholiques à 80 %, et pratiquants. Un autre héritage de l'Espagne, même si les anciens cultes indigènes ont pu parfois trouver leur place dans le catholicisme, en étant intégrés à petite dose.
2012072217 Santa Cruz

 

Au boulot !


Le lundi, Ximena, la directrice de Plataforma Unidos, vient me chercher et nous allons au bureau.

Plataforma Unidos est une association qui a pour but de coordonner les activités de huit autres organisations. Celles-ci travaillent toutes sur la thématique des enfants des rues. Elles sont constituées de nombreux foyers, maisons d'accueil et écoles afin d'accueillir les jeunes Boliviens à partir de 3-4 ans et jusqu'à 22-23 ans environ. Le nombre d'enfants qui vivent dans les rues à Santa Cruz est estimé à 1 500. mais les associations s'occupent également de ceux qui sont en risque d'aller dans les rues, du fait de violences (domestiques, sexuelles), de négligence ou de mauvais traitements. Le plus gros foyer, situés dans l'association « Projet Don Bosco », peut accueillir jusqu'à 200 enfants. La coordination de ces organisations permet d'assurer un suivi personnalisé des enfants, et ainsi de pouvoir les envoyer dans le foyer qui leur correspondra le mieux. Au total, 600 enfants se trouvent dans les multiples maisons d'accueil et foyers chaque année.2012072501 Patio Don Bosco

De plus, ces organisations collaborent étroitement avec la mairie et les services sociaux, qui leur amènent la plupart de ces jeunes défavorisés.

La Plataforma a aussi pour but de faire du lobbying auprès de tous les acteurs concernés pour promouvoir les droits des enfants, et également de réaliser des actions de communication. Elle organise ainsi une course de 10 km tous les ans, un dîner solidaire, un festirock, ou encore une tournoi de futsal.


Le bureau de la Plataforma Unidos se situe au même endroit qu'un des foyers, le Patio Don Bosco, un des six lieux d'accueil du projet Don Bosco. Il s'agit d'un centre de passage pour les enfants retirés de la rue ou de leurs familles pour diverses raisons. Ils restent ici entre 1 et 3 mois, avant d'être redirigés vers ce qui sera le mieux pour eux. Cela peut-être un autre des foyers de la Plataforma, un centre n'en dépendant pas ou même un retour dans leur famille, toutes les possibilités sont envisagées. Pour ce faire, une analyse complète est réalisée au sein du patio Don Bosco, en collaboration avec les éducateurs, les travailleurs sociaux et des psychologues.

Il sont ici entre quinze et vingt, et sont dé-scolarisés pour un temps, pour autant qu'ils l'aient été.


Mon travail de terrain va consister en l'animation de ces enfants, au travers de jeux, classes de mathématiques ou d'ordinateurs, avec en fil rouge la volonté de les sociabiliser et de leur transmettre des valeurs.

En-dehors de cela, je vais avoir pour tâche, dans le cadre de la mission exploratoire, de comprendre toutes les activités de la Plataforma et des huit organisations qu'elle coordonne, au travers d'entrevues et de visites de sites.

Cela permettra à mon association en France d'envoyer dans le futur des volontaires de façon totalement opérationnelle. Cette mission exploratoire est donc une prise de contact et un préambule indispensable avant l'envoi de volontaires.

Enfin, il s'agira également d'enquêter sur la vie à Santa Cruz et en Bolivie, au travers de recherches et là aussi d'entrevues avec des Boliviens ou des étrangers situés en-dehors des associations, afin de rendre un rapport le plus précis possible sur les conditions de sécurité, de santé, la situation politique et économique.


En résumé, le travail ne va pas manquer pendant ces presque six semaines.

 


Sorties Boliviennes et Cabañas


 

Et vu qu'il n'y a pas que le boulot dans la vie, j'apprends à connaître les amis Boliviens de Julian, et Gabriella, une couchsurfeuse locale, au travers de quelques sorties le soir dans des lieux plus ou moins branchés de la ville.

En effet, et ce où que l'on se trouve dans le monde, un des meilleurs moyens de mieux connaître les gens, c'est le bar ! Mon niveau d'espagnol revenant et s'améliorant, les échanges sont de plus en plus faciles.

Cela atteindra son apogée le dimanche, puisque Julian m'emmène dans un endroit dont j'ai beaucoup entendu parler depuis mon arrivée : les cabañas.

Il s'agit d'un chemin, situé non loin du lit d'un fleuve quelque peu excentré à l'ouest de la ville, qui est bordé de très nombreux restaurants et bars faits de tôle et de bois, sortes de paillotes géantes. Celles-ci ont la particularité d'abriter le samedi soir et le dimanche toute la journée les jeunes des classes basses et moyennes, par milliers, qui viennent s'encanailler. Nous y retrouvons un couple d'amis Boliviens de Julian.

Une seule règle ici : boire. Les bouteilles grand format de Paceña, la fameuse bière locale, s'amoncellent par dizaines sur les tables. Les jeunes présents boivent comme si leur vie en dépendait, sans temps mort. A peine les bouteilles sont-elles achevées que deux sont déjà commandées.

Je suis assez surpris mais j'avais déjà été prévenu que pour les autochtones, l'alcool ne se consomme pas de façon mondaine, pour discuter en passant un bon moment mais plutôt systématiquement dans l'unique but de s'enivrer et de se désinhiber.

Effectivement, pas le temps de discuter, on boit et on regarde d'un œil de plus en plus vide, tandis qu'un sourire béat s'élargit au fil des heures. Quant à la désinhibition, j'en suis témoin et acteur puisque de jeunes femmes ne se gênent pas pour me toucher la nuque en passant. L'une d'elles viendra également me parler, en m'expliquant que je suis « muy lindo », à savoir très beau, etc. Je suis quelque peu choqué et lui explique gentiment que je ne suis pas un garçon facile. Non mais !

Le texte intégral de la discussion se trouve dans la section du blog interdite aux moins de 18 ans.

J'ai arrêté de compter les bouteilles grand format à vingt, ce qui, consommé à quatre, s'apparente à une mise en abîme en bonne et due forme...

Ce fut néanmoins un bon aperçu des mœurs locales, que je commence à appréhender en même temps que les inégalités sociales, un fléau en Bolivie.

 

Pas le temps de s'ennuyer donc, entre travail intense et vie locale partagée !

 

Publié dans Récits

Commenter cet article

anne-so 30/07/2012 17:57

Je constate que tu t'adaptes plutôt bien aux moeurs de ce pays ;-) Profite pendant que les autres te lisent depuis la France et soupirent longuement en pensant au travail qui les attend...

Marie-Carole de La Chapelle 30/07/2012 09:47

Des récits de plus en plus croustillant, on s'y croirait !

Gros bisous, sommes encore à Paris pour 2 semaines

MC et Xavier

Didier ancelin 28/07/2012 22:24

Beaucoup d'infos culturelles comme toujours très intéressantes mais de plus il semble que cela devient torride ..!

charles 28/07/2012 16:16

La page est en construction ^^

Greg 28/07/2012 00:16

Où est la section -18 stp? Le texte intégral m'intéresse au plus haut point :)

++

Greg.