Annapurna or the Way to wisdom

Publié le par charles

2012011303 ABC TrekMe voilà de retour à Katmandou et désireux de profiter des quelques jours qu’il me reste avant de partir pour Sri Mayapur en Inde afin de démarrer ma deuxième mission auprès des enfants défavorisés (plus que les autres) du Bengale Occidental.

 

Brahman Cast

 

Avant cela, je règle quelques détails avec Rammani, et nous avançons sur la venue prochaine de trois volontaires depuis la France pour enseigner les programmes JAN dans les écoles. Je vois à nouveau son frère, Sundermani, qui a bien avancé dans son projet de monter un business dans l’emploi de mercenaires Népalais  par les agences de sécurité Françaises.

Je suis invité chez les Acharya pour le dîner. Nous avons désormais de très bonnes et franches relations avec Rammani et Sundermani et il est particulièrement agréable de discuter ensemble de tous les sujets. Il fait froid chez eux car comme partout à Katmandou il n’y a pas de chauffage. C’est assez difficile à supporter en décembre et janvier, mois au cours desquels la température peut chuter jusqu'à deux degrés. Dans cette grande maison vivent les parents Acharya, leurs trois fils et leurs femmes, les enfants des trois couples, ainsi que cinq « servants ». Rammani me prodigue à cette occasion un petit cours sur les castes. Il y en a trente-six au Népal, c’est beaucoup mais moins qu’en Inde ou il peut y en avoir des milliers. Sa famille est de la caste des Brahmanes, qui est la première des castes et originellement celle des prêtres. Il m’explique que les  mentalités évoluent doucement, et qu’aujourd’hui il est possible de se marier avec quelqu’un issu d’une autre caste, si bien sur elle n’est pas à l’opposé du système. A l’apéritif, emmitouflé dans mon blouson, j’ai droit à une bière qu’un des « servants » va diligemment me chercher. Il se trouve que Rammani dispose d’une dérogation pour boire de l’alcool chez lui quand il a des invités étrangers, vu que c’est normalement formellement interdit dans l’Hindouisme. Il est donc ravi de ma venue.

Nous passons ensuite à table sur laquelle m’attend un énorme Dal Baath. Avec de la viande, car comme le précise Sundermani avec fierté, chez les Acharya on mange de la viande. En revanche chez les Acharya on ne dîne pas avec les femmes qui prendront leur repas après nous…

 

Les coupures d'électricité atteignent desormais à Katmandou en ce mois de janvier les dix-huit heures par jour ! Cela parait incroyable pour une capitale...J'avais été très supris au debut de mon séjour, et m'y suis fait meme si ce n'est pas toujours très pratique.

2012010856 Bakhtapur

 

Le lendemain je pars visiter la dernière des trois cités royales de la vallée que je n’ai pas encore vue, Bhaktapur. Elle est la plus impressionnante car la plus grande, et là aussi l’architecture Newari donne l’impression d’être plongé quelques siècles auparavant. Le lieu a d’ailleurs été choisi par Bertolucci pour y tourner des scènes de son film « Little Buddha ». On peut aussi y admirer des sculptures de l’art tantrique, très évocatrices.

 

 

 


Place au sport

 

Mon timing est serré mais en faisant vite je peux insérer une activité que j’ai reportée il y a quelques semaines : un trek. En effet, après avoir bien travaillé, être allé à la rencontre de la vie sauvage, découvert les merveilles du Tibet et du Népal, il manque un peu de sport dans le programme.

Me voilà donc parti pour Pokhara, deuxième ville du Népal et point de départ de nombreux treks de la région autour de l’Annapurna. Je retrouve dans le bus Dalida, la Suissesse qui était dans mon groupe au Tibet, et nous décidons de démarrer le trek ensemble. Elle prendra rapidement un autre chemin car elle ne dispose que de trois jours avant son retour vers Genève.

Je décide pour ma part de faire le trek du camp de base de l’Annapurna, ou trek du sanctuaire de l’Annapurna, aussi appelé ABC trek pour Annapurna Base Camp. Je n’ai que six jours pour le réaliser en raison de mon avion pour Calcutta. Il est indiqué a peu près partout de le faire en 7 à 10 jours mais je sais par ce qu’on m’a rapporté qu’il est possible de l’achever en six en allant vite.

Je trouve à louer dans Pokhara des chaussures de randonnée et un sac de couchage, nous achetons les permis de trek (deux sont nécessaires) et nous voilà partis en bus pour Nayapul, village de départ.

 

As easy as ABC

 

Nous passons ensemble avec Dalida le premier jour entre Nayapul et Jhinu. Le ABC trek est un des treks mythiques de l’Himalaya, dans la région de l’Annapurna. De nombreux autres treks sont possibles aux alentours, et les itinéraires sont bien balisés, avec des villages régulièrement disséminés dans la montagne. Cela est très différent des treks au Pérou que j’ai effectués, où je n’avais pas vu âme qui vive pendant une semaine et au cours desquels nous dormions sous la tente. Cela ne m’empêche de me tromper de route deux fois. Sur les conseils de personnes rencontrées à Pokhara et notamment de Lieke, j’ai décidé de faire le trek sans guide, et sans porteur bien sur.2012011101 ABC Trek

C’est la basse saison, l’hiver, et les trekkeurs sont par conséquent peu nombreux sur les chemins. Ils viennent des quatre coins du monde pour réaliser ce trek surtout aux mois d’octobre, novembre, avril et mai. J’en rencontrerai néanmoins quelques-uns, dont étonnamment une très forte majorité de Sud-Coréens ! Les Sud-Coréens au Népal sont un peu comme les Japonais a Paris dans les années 90 : on en trouve partout !

7h30 de marche pour la première journée, Momos pommes de terre fromage pour le dîner et grand froid la nuit, et je décide non pas de faire le trek en six jours mais de tenter de le faire en cinq. J’ai envie d’un petit challenge parce que je trouve ce trek trop facile. As easy as ABC baby…

 

Tempête de neige

 

Me voilà parti pour une longue ascension vers Chomrong, ou nous nous séparons avec Dalida qui part vers Poon Hill. J’attaque pour ma part à partir de Chomrong le chemin en cul-de-sac qui va m’emmener jusqu’au camp de base de l’Annapurna. La neige commence à tomber à partir du village de Sinuwa. Plus je monte et plus le sol en est déjà tapissé depuis quelques semaines, je me trouve à ce moment-là à 2300 mètres d’altitude. Le chemin devient très difficile, ça monte encore et toujours, le sol est très glissant et les chutes de neige s’intensifient, je n’y vois pas à plus de quelques mètres. Mais j’avance au pas de charge, et ne m’accorde que des courtes pauses dans les villages que je traverse. La neige qui tombe très fort a effacé les traces des derniers trekkeurs. Je progresse donc au jugé, en veillant à garder le bruit de la rivière sur ma droite. Je marche depuis huit heures maintenant et l’épuisement me gagne. Je m'arrete en pensant que je n'arriverai pas à repartir et commence à divaguer et à parler tout haut. Mes pensées se bousculent et je pense à ceux qui me sont chers, mais aussi à une baguette avec du bon fromage ( !). J’entends également au loin des grondements et me demande s’il s’agit du tonnerre ou bien d’avalanches, fréquentes en janvier.2012011208 ABC Trek

A bout de forces, je finis par croiser trois Australiens qui redescendent, et qui viennent donc de me laisser une trace toute fraîche ! Revigoré, j’achève ma marche en arrivant enfin à Deulari, 3 200 mètres d’altitude, après neuf heures, et m’installe pour la nuit dans le lodge d’Argunj. Un couple de Chinois est également présent. Je passe la fin de l’après-midi et le début de la soirée à tenter de me réchauffer, sans grand succès. A cette altitude, la montagne est inhospitalière et les villages n’en sont plus vraiment et ne font que regrouper deux ou trois lodges. J’ai perdu l’appétit, du fait de l’effort et de l’altitude, et me force à manger sans grand entrain. Trois couvertures pour la nuit ne suffiront pas à éviter la morsure du froid (environ -15 degrés cette nuit-là). Mais cela aura  au moins réchauffé la batterie de mon appareil photo qui apparaissait vide la veille au soir, mais qui une fois la nuit passée à mes cotes, est à nouveau pleine.

 

Le matin mes chaussures, gants, bonnet et blouson sont raidis par le gel. Mes pieds sont en sang et j’improvise des bandages avec des kleenex. Mais la chance est avec moi car le ciel est clair, et même si le soleil est encore caché par les montagnes, la journée s’annonce radieuse pour l’ascension finale qui va m’amener au ABC en passant par le MBC, pour Macchapuchre Base Camp. A ne pas confondre avec le Macchu Pichu, beaucoup plus à l’Ouest.

Le chemin est désert et le paysage magnifique. Un lourd manteau blanc recouvre la végétation et les rochers. Ca et là des traces d’animaux sauvages sont visibles dans la neige fraîche. Après trois heures, et un passage de 3200 mètres a 4130 mètres d’altitude, ça y est, l’ABC est en vue. Je commande un hot lemon, repose mon dos et discute un peu avec les trois hôteliers désœuvrés qui hantent le ABC. Ils me demandent si d’autres trekkeurs sont en route et je dois bien leur avouer que non, le mauvais temps de la veille ayant découragé la plupart. On m’avait d’ailleurs conseillé de ne pas entreprendre l’ascension finale seul mais faute de participants je m’y suis résolu (sans grand regret).

2012011312 ABC TrekJe m’accorde une énorme pause de trente-cinq minutes et me voilà reparti, non sans me dire qu’il faut vraiment être masochiste pour s’infliger de telles souffrances dans le but d’arriver à un endroit et en repartir aussi sec…

Je repars donc en sens inverse, et les descentes vont désormais être plus fréquentes que les montées (forcément). Car ce n’est jamais régulier ni plat. Ca monte et ça descend en permanence, autrement ce serait trop simple. J’ai un objectif en tout cas à atteindre alors j’accélère encore. Mes pieds et mes genoux me font souffrir le martyre mais j’essaye de ne pas y penser. De plus, la neige a complètement trempé mes chaussures et chaussettes, ce qui n’est pas très confortable ni agréable. La qualité de ces chaussures de location laisse vraiment à désirer…Je glisse de nombreuses fois sur la neige, heureusement sans gravité a chaque fois. J’aurais l’air malin si je m’assommais, tout seul dans la montagne…

Au passage, je salue Argunj à Deulari et continue mon chemin jusqu'à Bamboo, village qui tire son nom des nombreux bambous disséminés autour dans la foret, après 9 heures de marche à nouveau. Il y a foule à Bamboo ce soir ! Un groupe d’une vingtaine de Coréens tapageurs est présent, accompagnés de leurs guides et porteurs. Une famille d’Italiens est là aussi. Je n’ai toujours pas faim, et me suis contraint a grignoter des fruits secs toute la journée pour emmagasiner un peu d’énergie. La nuit sera difficile puisque je n’ai droit qu’à une couverture, car c’est la pénurie du fait du grand nombre de trekkeurs qui dorment à Bamboo ce soir. Mes pieds douloureux n’ont pas aidé non plus pour mon sommeil.

 

Les 2 000 marches de Chomrong

 

Le lendemain, j’ai du mal à me motiver pour repartir et enfiler les instruments de torture que sont devenues mes chaussures de randonnée. Je pars à 8h30, et arpente les chemins en foret sur lesquels la neige est en train de fondre. Le paysage change progressivement et je quitte les cimes enneigées pour rejoindre la vallée. Entre Sinuwa et Chomrong, on plonge vers la rivière avant de remonter un long escalier de roche, constitué de 2000 marches, épuisant. J’arrive ensuite à Jhinu, où je m’accorde enfin une vraie pause déjeuner au soleil. C’est que l’appétit est revenu, après plus de deux jours. De délicieux sandwiches accompagnés de frites feront mon bonheur, arrosés d’un Cold lemon. Je suis en effet passé du hot au cold lemon, et même si c’est parce qu’on est en pleine journée et quel le soleil tape fort, cela fait du bien. Je soigne mes pieds auxquels j’essaye d’accorder un minimum d’attention lorsque je marche, et reprends ma route. Cette étape est superbe. La vallée avec les hautes montagnes en arrière plan, les rizières et les chutes d’eau longent le chemin. Les villages sont a nouveau vivants, et je prends le temps de savourer, en sachant que je finirai mon trek le jour suivant. Je traverse Landruk et m’arrête pour ma dernière nuit à Tolka, charmant lodge tenu par une famille. J’y rencontre Ivan, un Hawaïen d’origine Chinoise très intéressant, qui a entrepris le trek seul lui aussi. En revanche il le débute et il s’agit de sa première étape. Nous discuterons jusque tard dans la nuit (21h30, oui c’est très tard pendant un trek) de Paulo Coelho, de surf, de basket Américain, de politique, et de voyages.

 

Me voila arrive au cinquième jour. J’ai même pris encore un peu d’avance puisqu’il me faudra seulement quatre heures pour rejoindre Phedi, terme du trek. Je croise une bande d’écoliers Népalais bavards, en ballade et qui s’étonnent de la durée de mon trek du camp de base de l’Annapurna. Ils ne sont pas les seuls d’ailleurs puisque de nombreux Népalais marquèrent leur surprise quand je leur décris mon cheminement. Non mais ! Il n’y a pas qu’eux qui savent grimper dans leurs montagnes !

Harassé, couvert de crasse, j’arrive donc à Phedi et prends trois bus locaux pour rejoindre le quartier de Lake side à Pokhara, parfois agrippé au marchepied à l’extérieur du bus. Au passage je jette à la figure (ou presque) mes chaussures au magasin de trek ou je les avais louées, et finis mon chemin en chaussettes, jusqu'à l’hôtel où m’attendent Bamdev et sa femme, le charmant couple serviable qui tient l’hôtel Diplomat à Lake side. Je prends une douche chaude, un ravissement, et me délasse pendant une journée entière à Pokhara puisque j’ai pris de l’avance sur mon planning.

 

Bye bye Nepal

 

Je suis très heureux de cette petite séance de sport, et d’avoir fait d’un trek à la difficulté moyenne un vrai challenge. Apres un repos bien mérité, je repars a Katmandou pour régler des dernières affaires, passer dire au revoir a Bashu, Pabrita, Shailen, et bien sur Rammani.

Mon avion pour Calcutta m’attend. La page Népalaise se tourne donc, après un mois et demi intense dont j’ai goûté chaque seconde. Une nouvelle aventure en Inde va démarrer, et je ne sais pas encore vraiment ce qui m’attend, mais j’ai hâte d’aller travailler avec les enfants de Sri Mayapur.

Publié dans Récits

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ombline 26/01/2012 11:12

mais faut vraiment être maso ! dire que mon pire souvenir de froid est une nuit avec ma compagnie de guide au pélerinage de chartres où après m'être mise en pyjama puis intégralement rhabillée, mis
mon manteau, mon bonnet, mes moufles le tout dans mon sac de couchage, j'avais greloté toute la nuit....et je n'avais même pas mal aux pieds !

charles 23/01/2012 12:18

Tant mieux si j'arrive a vous faire partager ce que je vis ! Merci pour vos commentaires.

xavier 23/01/2012 11:41

c'est trés agrable de lire le récit de tes trecks sportifs assit au bureau ou dans le metro! j'ai abandonné les Tintin pour ton blog...
xavier

marie-carole de La Chapelle 23/01/2012 10:15

super ce trek, c'est comme si on y était mais tu as du vraiment en baver ! bravo pour les photos

gros bisous

Didier ancelin 22/01/2012 17:24

Quel trek ! Et toujours des observations qui permettent de te suivre et des références historiques vraiment intéressantes . Bravo