Adieux et fous de Dieu

Publié le par charles

Vie au patio

 

Le quotidien au Patio Don Bosco se poursuit, avec des cours, des jeux, des parties de foot endiablées sur le petit terrain en béton adjacent, et les arrivées et départs d'enfants. Ayant bien avancé dans ma mission exploratoire, je me consacre entièrement au Patio avec plaisir. Les enfants sont toujours très affectueux, mais j'essaye de garder une certaine distance, aussi bien pour eux que pour moi, car je pense déjà au départ qui se profile. Les semaines passent vite.

Je tisse néanmoins des liens forts avec Jean-Paul, un petit garçon de huit ans. Jean-Paul oui, j'ai été surpris, mais il semblerait qu'il y en ait quelques-uns orthographiés et prononcés à la Française en Bolivie.

 

2012072538 Patio Don Bosco Jean-Paul

 

Un jour, quatre petits nouveaux sont arrivés. Il s'agit de quatre frères et sœurs. Une aînée de sept ans, des jumelles de cinq ans et un petit garçon de quatre ans. Ils ne parlent pas beaucoup mais sont mignons et semblent très gentils. Ils opinent du chef en me regardant lorsque je communique avec eux lors de la classe d'ordinateur. Ils sont ici pour cause de maltraitance. 2012080726 Patio Don Bosco

Je ne connais pas le passé de tous les enfants qui viennent au Patio mais la lueur d'espoir vient du fait que des personnes, de services sociaux ou autres, ont pris les choses en main et ont décidé de placer ces enfants dans un processus d'amélioration de leurs vies. Il faut donc être optimiste, et je me dis que la situation de chacun de ces enfants est analysée avec compétence, et que la meilleure solution sera choisie pour eux, et qu'ainsi ils seront heureux. C'est peut-être naïf, mais c'est en tout cas la cause qu'ont embrassée tous les salariés et bénévoles des associations qui composent la Plataforma Unidos.

 

 

Cerenid

 

Dans le cadre de ma mission exploratoire, il a été décidé que j'irais passer trois jours dans un centre d'accueil d'une des associations qui composent la Plataforma. Celui-ci se nomme Cerenid,  et est situé dans le petit village de Lajas, à deux heures de Santa Cruz et à une heure de Samaipata, lieu de villégiature prisé des Crucenos. Je retrouve Maria José, la directrice Espagnole de Cerenid, qui prononce les les « s » comme des « x », à la fiabilité toute relative, et qui part dans tous les sens en permanence. Nous nous engouffrons dans un taxi partagé, plus rapide et au même prix que le bus, pour rejoindre le centre Cerenid de Lajas. Le hasard veut que, après un échange d'amabilités en  espagnol avec ma voisine à l'avant du taxi-break, il s'avère que celle-ci est Française. C'est la première compatriote que je rencontre depuis un mois. Delphine est mariée avec un Bolivien et vit à Samaipata, où ils ont ouvert un magasin d'artisanat. Nous discutons de tout et de rien pendant deux heures, et elle me demande si le centre d'accueil dans lequel je vais est rattaché à un mouvement évangéliste. Un peu surpris, je lui réponds que je n'en sais rien mais que je lui répondrai si je peux passer la voir à Samaipata durant le week-end.2012080506 Lajas CerenidArrivés avec Maria José à Lajas, nous sommes accueillis par une quinzaine de garçon s entre 6 et 12 ans, et par des volontaires. Un Allemand,  présent pour un an, une Allemande qui est là pour quelques semaines et un groupe de sept Américains qui sont venus pour deux semaines.

Le nombre d'enfants accueillis a pu monter jusqu'à trente-cinq dans le passé, mais ici aussi le manque de fonds se fait ressentir, crise oblige.

Le centre, superbe, est niché entre les montagnes, loin de tout. Plusieurs bâtiments accueillent les dortoirs, les cuisines, et dehors un terrain de football, ainsi qu'un potager, sont entourés d'arbres et de montagnes. La petite communauté de Cerenid vit ainsi en quasi-autarcie. 2012080428 Samaipata El Fuerte

Je vais loger dans la maison de volontaires pendant ces trois jours, dans un lit détraqué  coin    dans un couloir. J'entreprends de me présenter aux Américains, qui en échange m'expliquent qu'ils viennent d'un fac d'architecture dans le Michigan. Ils sont donc sept. Deux professeurs dont le doyen, les deux ayant à peu près autant de charisme que des moules asthmatiques, et cinq jeunes de vingt-deux / vingt-trois ans. Quatre filles : Emily, originaire de République Dominicaine, Angelica, de Porto-Rico, Murcherie (!) une petite Afro-Américaine, et Sandie, qui a dû trop aller au MacDo (Sandie...kilos). Et un garçon, James, de Californie. Je vais passer l'essentiel de mes trois jours avec eux.

 

 

Les fous de Dieu

 

Nous sommes vendredi soir, et une fois le dîner accompagné de prières achevé, tout le monde se rend à la chapelle située dans l'enceinte du centre. Me souvenant de ce que Delphine m'a dit, j'entreprends d'en savoir plus, tout en ne manquant pas de remarquer que la ferveur qui émane de tous les enfants et du personnel, salarié et volontaire, est forte.

J'ai quand même un don pour me mettre dans des situations impossibles...

Car le lendemain, on m'explique que c'est Sabbat, et nous allons à Samaipata pour la messe (de deux heures), sans oublier de prier avant de s'entasser dans les à vingt-cinq dans les deux pick-up pour que le trajet se passe bien.

Une fois arrivés à Samaipata, je m'esquive pour découvrir le village et aller voir Delphine dans son magasin d'artisanat. Samaipata est un havre de paix situé au milieu des montagnes, à l'orée d'une grande réserve naturelle, et offre de nombreuses possibilités de promenade. De nombreux étrangers s'y sont installés, pour des retraites à prix cassés ou pour ouvrir qui une boulangerie Française, qui un magasin d'artisanat comme Delphine et son mari. Je finis par trouver sa boutique, et nous échangeons sur Cerenid.

2012080403 Samaipata Il se trouve que le centre est de confession adventiste, comme me l'a glissé James durant le trajet. Les adventistes du septième jour en version longue, apparentés aux Évangélistes,  sont une des nombreuses branches du protestantisme, qui se sont développées depuis le XVIème siècle, principalement depuis l'Europe, et qui on trouvé un terreau fertile dans le nouveau monde. Les autres branches les plus connues sont les méthodistes, les baptistes, les mormons ou les mennonites par exemple. Sur les 20 % de protestants de Bolivie, nombreux sont donc ceux appartenant à une de ces branches. Ce qui caractérise ces mouvements  sont essentiellement une doctrine dure, une pratique assidue et la promesse de l'enfer pour ceux qui s'écartent du droit chemin. Les adventistes sont communément persuadés que leur compréhension des Écritures est de loin celle qui est en tous  points la plus fidèle à la vérité biblique.

 

Je n'ai pas la volonté de débattre ici sur le bien-fondé de telle ou telle religion. Mais une chose est sûre : je respecte toutes les croyances, mais rejette les excès et le prosélytisme. Je suis donc en ce jour de « Sabbat », plus que circonspect, car il ne faut pas oublier que je suis ici pour enquêter sur l'association, dans le but d'envoyer des volontaires depuis la France dans le futur.

 

Les Américains de la fac d'architecture sont eux aussi adventistes, car la fac du Michigan l'est elle-même. Les adventistes financent en effet de nombreuses universités à travers le monde. C'est un mouvement important qui compte tout de même seize millions de fidèles et administre 120 centres universitaires, 7 600 écoles et un système médical de 760 institutions (hôpitaux, cliniques, dispensaires, orphelinats). Cerenid est donc soutenue par cette fac du Michigan, financièrement et à travers ces volontaires qui viennent tous les étés pour travailler sur les bâtiments du centre, assurer leur entretien et en prévoir les travaux.

Ceux-ci, hormis Emily et Angelica, ne parlent pas Espagnol. Me voici devenu interprète improvisé entre les enfants et eux, entre anglais et espagnol. Une exercice de style s'il en est.

 

Mais au fur et à mesure que le week-end avance, j'observe et essaye de comprendre les motivations de chacun. Sans perdre de vue que l'essentiel réside dans le fait que des enfants en situation difficile peuvent trouver ici un foyer et se mettre dans le droit chemin.

 

Le samedi soir, de nombreux anciens pensionnaires du centre viennent dîner, car le lendemain on célèbre l'indépendance Bolivienne, et c'est l'occasion de faire la fête. Sans alcool ni viande né2012080531 Lajas Cerenid Desfileoan moins, prohibés au sein du centre.

 

 Le dimanche matin, nous assistons au défilé des enfants sur le terrain de basket-ball du vill age, accompagné de discours enflammés du maire. Puis tous les volontaires repartent à Samaipata, pour déjeuner, puis aller visiter el Fuerte (le Fort), site pré-inca des environs. Je commence à bien m'entendre avec les jeunes Américains, nous discutons beaucoup et jouons aux cartes, tandis que les deux professeurs dégagent toujours aussi peu de présence et de sympathie.

 

Le lundi, mon dernier jour, on se met au boulot. Il faut déblayer du terrain, dégager un escalier, faire du ciment, creuser, etc. J'apporte ma contribution avec joie, ne manquant que trop d'exercice depuis mon arrivée en Bolivie. De plus, cela se passe dans le cadre merveilleux des montagnes, de la nature et du soleil.

2012080508 Lajas CerenidJe m'en vais en fin de journée, ma méfiance des débuts atténuée par ce que j'ai pu ressentir par la suite. Les enfants ont l'air heureux dans ce cadre de campagne, ce qui est le plus important.

Mais si jamais nous devons envoyer des volontaires au centre Cerenid de Lajas, il sera nécessaire de les prévenir !

 

 

Sorties et Futbol

 

De retour à Santa Cruz pour les dix derniers jours de ma mission, je retrouve les enfants du patio Don Bosco et les amis.2012072809 Santa Cruz

Mon lieu de sortie privilégié est « la Puerta Roja » (la porte rouge), bar clandestin tenu par un couple de Tchèques, repaire de la communauté Couchsurfing, où je me rends régulièrement en compagnie de Gabriela, Bolivienne, et Sarah, Allemande. Il faut montrer patte blanche à l'entrée, et ainsi pénétrer dans un endroit composé d'un grande cour en plein air et de petites pièces. L'ambiance cosmopolite et l'alcool pas cher invitent à la discussion, aux échanges et à la détente. La teneur des échanges évoluant bien sûr les heures passant...

 

 

Et que font les Boliviens de leurs loisirs quand ils ne vont pas boire des bières au bar ? Eh bien ils vont boire des bières au stade ! Katarina, l'amie de Julian, m'a gentiment offert une place qu'elle avait obtenue par son entreprise, sponsor des héros locaux.

Je me dirige donc vers le stade Tuahichi, fais l'emplette du maillot de l'équipe locale et vais m'installer dans les gradins.

C'est un match de Copa SudAmericana et il oppose l'Oriente Petrolero de Santa Cruz (Oriente car Santa Cruz est à l'est de la Bolivie), le club le plus populaire de la ville, aux Guaranis du Paraguay (les Guaranis sont un peuple indigène majoritairement installé au Paraguay actuel).

A l'entrée des joueurs, de très nombreux fumigènes apparaissent, et même un modeste feu d'artifice. Le jeu est rugueux et l'arbitre libéral, ce qui fait monter l'ambiance qui n'en avait pas vraiment besoin. Il y a environ 15 000 spectateurs, venus entre amis ou en famille, qui chantent et acclament dans une ambiance très bon enfant. Des feux d'artifice sont même lancés pendant le match, ce qui serait absolument impossible en Europe.

Les presque deux heures de match passent à une vitesse folle et même si « El Oriente » a perdu, j'ai pris beaucoup de plaisir à y assister, grâce à la ferveur ambiante et au niveau de jeu plus qu'honnête.

 

 

Quitter Santa Cruz...et pleurer...

 

Le temps passe vite, et je suis déjà depuis cinq semaines à Santa Cruz, et le temps des adieux est venu. Mon départ coïncide avec la fête d'anniversaire du Patio Don Bosco, qui a déjà huit ans.2012081110 Anniv Patio Don Bosco

La journée est rythmée par des spectacles de danse, le déjeuner, un spectacle avec ces  clowns et des animations à l'extérieur. Les enfants des autres foyers d'accueil de l'association « Proyecto Don Bosco » sont venus, chaque centre se distinguant par des T-shirts de couleur différente.


Vient le soir, et alors que j'aide à ranger les tables et chaises, je décide de ne pas dire    2012081127 Anniv Patio Don Bosco Jean-Paulau revoir aux enfants. Je n'aime pas les adieux et je ne m'en sens pas la force. Je demande quand même à Ricardo d'aller me chercher Jean-Paul, avec lequel j'ai tissé un lien particulier. Et quand je vois sa petite bouille toute souriante tournée vers moi, je ne peux m'empêcher d'avoir les larmes aux yeux. Il me donne un jouet à lui, « para que se recuerde de mi » (pour que tu te souviennes de moi)...Une photo avec lui, une avec les éducatrices, des merci et au revoir au personnel et me voilà parti.

Une fois dehors, ce n'est plus une vague mais un raz-de-marée d'émotions qui m'étreint. Je n'ai rien vu venir, et me voilà à attendre mon bus de la ligne 10 en pleurant...


 

Je ne suis pas au bout de ma tristesse puisque les deux jours suivants sont consacrés aux adieux aux amis. Julian, Katarina, Omar, Ximena, Gabriela, Daniela, Carlos, Carina, Jesus, Sarah...Nous nous voyons pour une dernière soirée ou un dernier café. J'ai rencontré des gens formidables, et les quitter déjà me fend le cœur, d'autant que je ne sais si nous nous reverrons. Ximena me propose même un travail avec l'association. N'étant pas en état de réfléchir posément, je remets l'étude de ce projet à plus tard.

 

Et me voici dans mon bus cama (bus-lit), avec seize heures de trajet (plus sûrement dix-huit) jusqu'à la Paz, point de départ de mes vadrouilles qui dureront quinze jours, l'arrivée se situant à Santiago du Chili où je réaliserai une mission exploratoire de deux semaines pour l'association « Un Techo » (Un toit).

Qu'il est dur de reprendre son sac sur l'épaule et de laisser derrière moi ces cinq semaines à Santa Cruz, une période courte mais si intense. Le coup de blues est profond...

 

Mais j'ai encore beaucoup de choses à découvrir, à commencer par les villes et paysages de la Bolivie Andine !

 

 

Publié dans Récits

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charles92 04/09/2012 22:41

Eh bien je ne pensais pas faire pleurer dans les chaumières ! Vous m'en voyez désolé...
Des jumelles bien sûr, honte sur moi ;-)

babane 04/09/2012 20:53

mais tu veux nous mettre le bourdon alors que nous on reprend difficilement le taff, j'ai l'impression que c'est moi qui ai quitté les enfants .... ça a l'air encore plus fort qu'en inde ou est ce
ton écriture qui transmet encore plus les émotions ???
ps : des jumelles et pas deux jumelles !

anne-so 03/09/2012 23:03

Ouah! C'était comme si j'étais avec toi en sortant du foyer! Les larmes aux yeux, je me souviens de mon propre départ il y a quelques mois sans avoir vraiment dit au revoir et la submersion qui
suit... ouf, le temps panse les plaies, les souvenirs restent toujours présents et gais et puis qui sait? un jour peut-être...

Magon de saint Elier 31/08/2012 15:47

Qu'il est triste ce départ de Santa Cruz, mi amigo !
Il te reste plus qu'à adopter jean Paul :- ) T'es sûr qu'il est bolivien avec un prénom comme ça ?!
En tout cas tu as l'air de faire des rencontres formidables et de vivre des moments intenses ! Enjoy !!! A bientôt !

Didier ancelin 28/08/2012 22:35

Toujours aussi riche et intéressant